Le Donso N’Goni, harpe-luth emblématique des confréries de chasseurs du monde mandingue, incarne une partie essentielle du patrimoine culturel malien. Instrument à cordes, il accompagne depuis des siècles des cérémonies variées, allant des rites familiaux aux grands festivals. Son rôle dépasse la simple fonction musicale : il véhicule des valeurs comme le courage, la discipline, la solidarité et le respect de la nature, tout en transmettant des récits historiques et des enseignements collectifs.
Un héritage ancré dans l’histoire
Traditionnellement joué lors de rencontres de chasseurs, notamment pendant des cérémonies comme le « Bôlo tourou » ou le « Bôlo bô », le Donso N’Goni marquait des étapes clés dans la vie des communautés. Il intervenait également lors de rites de purification, comme le « Dankoun son » ou le « Kala kala kari », soulignant son importance dans les pratiques sociales et spirituelles. Aujourd’hui, son usage s’étend aux baptêmes, mariages et funérailles, confirmant son ancrage dans la culture malienne.
Des défis majeurs pour sa pérennité
Malgré son rôle central, les acteurs culturels alertent sur les menaces pesant sur ce patrimoine. L’attrait croissant pour les musiques modernes, la disparition progressive des maîtres détenteurs de savoirs, ainsi que l’absence de structures d’apprentissage régulières et de valorisation sociale affaiblissent sa transmission. Les jeunes générations, moins exposées à ces traditions, se tournent vers des pratiques artistiques plus contemporaines, perçues comme plus accessibles ou modernes.
Les maîtres et acteurs culturels soulignent que chaque détenteur de savoirs possède des techniques uniques, des récits et des formules rituelles qui risquent de disparaître avec eux. L’absence de transmission écrite ou enregistrée rend ces connaissances particulièrement vulnérables. Certains jeunes considèrent ces pratiques comme désuètes, ce qui réduit encore davantage leur engagement dans cet héritage.
Des pistes pour une transmission durable
Pour préserver ce patrimoine, les acteurs culturels plaident en faveur de mesures concrètes. Ils proposent la création de centres spécialisés, l’intégration d’ateliers dans les écoles, l’enregistrement systématique des répertoires, ainsi que la formation de jeunes instrumentistes et facteurs d’instruments. Un soutien durable aux maîtres et aux festivals est également jugé indispensable. Ces initiatives visent à maintenir vivante une tradition dont la fonction sociale et historique reste essentielle.
La transmission du Donso N’Goni ne doit pas être perçue comme une tentative de figer une pratique dans le passé, mais comme un moyen de préserver ses codes, son histoire et sa dimension collective. L’enjeu est de permettre à cette tradition de s’adapter tout en restant ancrée dans les réalités contemporaines.