Le géant nigérian Dangote ambitionne de réaliser la plus grande introduction en Bourse de l’histoire africaine en levant jusqu’à 5 milliards de dollars d’ici octobre. Une opération stratégique pour financer l’expansion de sa raffinerie, symbole de la souveraineté énergétique du continent.
Une levée de fonds historique pour un projet continental
Propriétaire majoritaire de la raffinerie de Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique mise sur une opération boursière d’envergure pour accélérer son développement. Avec une capacité de traitement de 650 000 barils par jour à Lagos, cette infrastructure, opérationnelle depuis 2024, vise désormais à atteindre 1,4 million de barils par jour. Le produit de l’IPO servira notamment à financer une expansion similaire au Kenya, où un nouveau site est envisagé en partenariat avec les gouvernements locaux.
L’opération, dont le calendrier serré a déjà suscité l’intérêt des places boursières régionales, pourrait mobiliser jusqu’à 500 millions de dollars sur les marchés kényans. Les fonds de pension locaux, en quête de placements attractifs, affichent un appétit marqué pour cette émission. Les bourses sud-africaine, égyptienne, ghanéenne et rwandaise ont également entamé des discussions avec les conseillers de Dangote pour participer à l’opération, bien qu’aucune double cotation ne soit prévue dans l’immédiat.
Un pari risqué sur une valorisation ambitieuse
La valorisation de 40 milliards de dollars attribuée à la raffinerie, basée sur un placement privé de 2,5 milliards pour 6 % du capital, interroge les analystes. À titre de comparaison, Tupras (Turquie), opérant quatre raffineries de même capacité, affiche une capitalisation boursière de 12 milliards de dollars. De même, HF Sinclair (États-Unis), avec une capacité proche, est valorisée à 16 milliards. Le régulateur nigérian devra trancher sur le montant final de l’IPO, dont l’objectif initial de 5 milliards représente plus de 4 % de l’indice principal du pays.
Les modalités de participation des marchés régionaux restent à préciser : des instruments comme les reçus de dépôt mondiaux ou des produits cotés en Bourse pourraient être proposés pour contourner les contraintes de flottant minimum de 20 % imposées par la Bourse nigériane. Dangote, qui a déjà contourné cette règle pour Dangote Cement (12,7 % de flottant), mise sur une approche flexible pour élargir l’accès des investisseurs africains à son projet.
Au-delà des aspects financiers, cette IPO s’inscrit dans la stratégie de Dangote de réduire la dépendance africaine aux importations de carburants, tout en positionnant le continent comme un acteur exportateur. Une vision qui dépasse le cadre strictement économique pour embrasser une ambition panafricaine, alignée sur la volonté de l’industriel de maintenir sa fortune sur le continent.