Dakar : la démolition des bâtiments insalubres divise entre urgence sécuritaire et solution durable

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 62 lectures
Dakar : la démolition des bâtiments insalubres divise entre urgence sécuritaire et solution durable

Le maire de Dakar, Abass Fall, a lancé une opération de démolition des bâtiments menaçant ruine, justifiée par l’urgence sécuritaire. Mais cette approche radicale est contestée par Momar Ndiaye, directeur de l’Aménagement urbain et candidat à la mairie, qui dénonce une méthode inefficace et socialement dangereuse.

Une opération justifiée par la sécurité, mais critiquée sur sa méthode

Face à l’augmentation des risques d’effondrement dans la capitale sénégalaise, le maire Abass Fall a engagé une vaste campagne de démolition des bâtiments jugés insalubres. Présentée comme une réponse immédiate à l’insécurité des populations, cette initiative a été saluée par Momar Ndiaye, directeur de l’Aménagement urbain et candidat à la mairie de Dakar. Ce dernier reconnaît la nécessité d’agir, mais met en cause la méthodologie adoptée, estimant que démolir sans reloger ne fait que déplacer le problème.

Des conséquences sociales lourdes pour les familles évacuées

Selon Momar Ndiaye, les familles évacuées sans solution de relogement risquent de se retrouver dans des situations précaires : hébergement chez des proches, squats ou logements insalubres. Les propriétaires et ayants droit, souvent sans moyens pour reconstruire, pourraient aussi se retrouver dans une impasse après la démolition. Pour éviter ces écueils, il propose une approche alternative centrée sur le renouvellement urbain, notamment dans des quartiers comme la Médina, où le bâti ancien est particulièrement dégradé.

Le Code de l’urbanisme offre des outils pour une solution durable

Momar Ndiaye rappelle que la loi sénégalaise, notamment le Code de l’urbanisme issu de la loi n°2023-20 du 29 décembre 2023, prévoit des mécanismes pour agir sans attendre. Les articles L.189 et L.190 encadrent le renouvellement urbain, tandis que l’article L.191 permet à la commune d’engager des opérations de ce type par simple délibération. Il suggère une reconstruction en hauteur, immeuble par immeuble, avec restitution des logements aux propriétaires et ayants droit, ainsi qu’un relogement temporaire par étapes pour les familles vulnérables.

Un risque d’occupation anarchique des terrains libérés

L’ancien directeur de l’Aménagement urbain alerte également sur le devenir des terrains libérés après démolition. Sans projet de valorisation, ces espaces pourraient être occupés de manière anarchique, aggravant les problèmes de sécurité et d’urbanisme. Il plaide pour l’intégration des démolitions dans des projets de renouvellement urbain associant partenariats public-privé, afin de financer des logements neufs, des équipements communaux et des activités génératrices de revenus pour les familles déplacées. Momar Ndiaye insiste enfin sur la nécessité d’associer les habitants aux transformations de leurs quartiers, estimant que la sécurité se construit avec les populations et non contre elles.

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