Le quotidien des Dakarois est régulièrement rythmé par des interruptions de service électrique, une situation qui alimente une forte défiance envers la Senelec. Si l'entreprise multiplie les communications techniques pour justifier ces coupures, la persistance du phénomène révèle des fragilités structurelles profondes au sein du système énergétique national.
Une dépendance critique aux centrales flottantes
Le système électrique sénégalais repose largement sur la centrale flottante turque Karpowership, amarrée au large de Dakar depuis 2019. Ce dispositif fournit entre 20 % et 25 % de la production nationale. Cette concentration de l'offre sur une seule unité rend le réseau extrêmement vulnérable : chaque opération de maintenance ou incident technique sur ces barges entraîne mécaniquement des perturbations sur l'ensemble du territoire. Cette dépendance est d'autant plus critique que la demande nationale, dopée par les pics de chaleur et l'usage intensif de la climatisation, ne laisse que peu de marge de manœuvre au gestionnaire.
Le paradoxe de la maintenance du réseau
Au-delà des capacités de production, l'état du réseau de distribution constitue un défi majeur. Les coupures « programmées » par la Senelec, comme celles observées en septembre dernier dans plusieurs quartiers et sites sensibles, visent officiellement à renforcer et améliorer la qualité du service. Toutefois, cette nécessité de mise à niveau crée un cercle vicieux : la vétusté des infrastructures impose des travaux constants qui, par leur nature, provoquent les interruptions de service que les usagers subissent au quotidien. Ce décalage entre les besoins de modernisation et la continuité de la fourniture alimente une confusion permanente, propice à la propagation de rumeurs de coupures générales.
Des tensions énergétiques à l'échelle régionale
La fragilité du système sénégalais s'inscrit désormais dans une dynamique ouest-africaine plus large. Le pays, qui exporte traditionnellement de l'électricité vers la Gambie, fait face à des tensions accrues. La crise énergétique que traverse Banjul, couplée à des impayés de la compagnie nationale gambienne Nawec, illustre la complexité des interdépendances régionales. Le West African Power Pool a d'ailleurs confirmé que plusieurs pays de la sous-région subissent des délestages, soulignant que le problème dakarois n'est pas isolé mais symptomatique d'un déséquilibre entre une demande croissante et des capacités de production sous pression.
Vers une transition énergétique à l'horizon 2027
Pour sortir de cette dépendance aux énergies fossiles importées et stabiliser le réseau, le gouvernement mise sur une bascule progressive vers le gaz naturel. Un calendrier a été dévoilé pour une application définitive à l'horizon 2027, incluant des projets de conversion des centrales actuelles. En attendant cette échéance, la Senelec continue de jongler entre la gestion de l'urgence, les travaux de maintenance indispensables et une demande qui progresse plus rapidement que les capacités de production, laissant les usagers dans une attente prolongée de stabilité.