Dafroza Gauthier, militante infatigable et figure centrale de la quête de justice pour les victimes du génocide des Tutsis au Rwanda, est décédée à l'âge de 72 ans à Reims. Cofondatrice du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), elle a consacré plus de trente ans de sa vie à traquer les auteurs présumés du massacre de 1994, transformant son traumatisme personnel en un combat juridique d'envergure internationale.
Un engagement citoyen pour la justice réparatrice
Arrivée en France en 1973, Dafroza Gauthier a bâti, aux côtés de son époux Alain, une œuvre mémorielle et judiciaire sans précédent. Surnommés « les Klarsfeld du Rwanda », le couple a mené des enquêtes bénévoles rigoureuses pour identifier et localiser les génocidaires réfugiés sur le sol français. Cette abnégation a permis de briser le silence et d'ouvrir la voie à une série de procès historiques en France, débutant en 2014 avec la condamnation de Pascal Simbikangwa, ancien haut responsable du renseignement rwandais.
Le basculement d'une vie en 1994
Le combat de Dafroza Gauthier trouve ses racines dans une tragédie familiale absolue. Lors du génocide de 1994, elle perd sa mère, abattue dans une paroisse, ainsi que des dizaines de membres de sa famille élargie. Ce « gouffre » personnel, loin de la conduire à la vengeance, a nourri une exigence de justice implacable. Pour elle, chaque procédure judiciaire constituait un devoir envers les rescapés et une nécessité pour la vérité historique, malgré la douleur persistante de ces pertes familiales massives.
Un héritage judiciaire pour le Rwanda
La disparition de cette militante est perçue par la communauté rwandaise de France comme une perte majeure pour la justice internationale. Son travail acharné a permis de mettre en lumière les responsabilités individuelles dans l'extermination des Tutsis, faisant d'elle une sentinelle de la mémoire. En poursuivant sa mission jusqu'à son dernier souffle, Dafroza Gauthier a durablement marqué le paysage judiciaire français, imposant la question de la responsabilité des génocidaires comme un enjeu central des relations internationales et de la lutte contre l'impunité.