Avec *Dios Bendiga*, Cypress Hill signe un retour aux racines linguistiques et politiques du groupe, tout en réaffirmant son statut de pionnier du hip-hop latino. Sorti après trois décennies d’absence dans cette langue, l’album s’impose comme un manifeste artistique et une réponse aux offensives contre les communautés immigrées latinas aux États-Unis. Un projet qui dépasse la musique pour incarner une solidarité historique.
Un disque né d’une urgence politique et culturelle
Enregistré en 2025, *Dios Bendiga* marque le premier album de Cypress Hill entièrement en espagnol depuis *Los Grandes Exitos En Español* (1999). Mais cette fois, il ne s’agit pas d’une simple compilation traduite : l’intégralité des titres sont des créations originales, nées d’une volonté de réaffirmer l’appartenance du groupe à la culture latine, dans un contexte où les politiques migratoires américaines ciblent particulièrement les populations originaires d’Amérique latine.
B-Real, membre fondateur, y voit une « prise de position » : « Ces gens, c’est nous. Toute communauté née de la lutte peut se reconnaître dans une autre. » Le rappeur insiste sur la dimension civique de l’album, conçu comme un hommage aux immigrés sans-papiers, souvent criminalisés par l’ICE, l’agence américaine de contrôle migratoire.
Un héritage réinventé : entre défis artistiques et reconnaissance
Le projet a émergé d’une demande des fans hispanophones, mais aussi d’une volonté de rivaliser avec une scène latino en pleine effervescence. Depuis les années 1990, Cypress Hill avait contribué à populariser le rap en espagnol, aux côtés de groupes comme Control Machete. Aujourd’hui, la scène regorge de talents – Santa Fe Klan, Alemán, Trueno, Yusak de La Santa Grifa – qui ont poussé le groupe à se remettre en question : « On aime les défis. Comment s’insérer parmi ces nouveaux artistes qui crachent des punchlines ? »
L’album a été salué par la critique et le public, avec un accueil « incroyablement positif » selon B-Real. Un succès qui contraste avec l’absence de promotion traditionnelle : « On n’avait pas anticipé tout cet amour. Ça fait 30 ans qu’on n’avait pas sorti de disque en espagnol. »
Une production collaborative et une identité sonore affirmée
Derrière *Dios Bendiga*, une équipe soudée : DJ Flict (producteur historique du groupe), Eric Bobo (batteur et directeur musical) et DJ Lord (turntablist) ont façonné un son à la fois ancré dans l’héritage de Cypress Hill et résolument moderne. Leur approche ? Éviter la nostalgie en réinventant le style du groupe. « On ne voulait pas recopier l’ancien son, mais l’emmener ailleurs », explique B-Real.
Parmi les featurings marquants, on retrouve Mellow Man Ace (frère de Sen Dog, autre membre de Cypress Hill) sur « Campeones », Sick Jacken (Psycho Realm) sur deux titres, ou encore Trueno et Alemán, deux figures du rap latino actuel. L’album mêle des collaborations chères au groupe et des découvertes, comme Yusak de La Santa Grifa ou Poe Leos.
Une tournée latino-américaine pour célébrer l’espagnol
Cypress Hill ne compte pas s’arrêter là : une tournée en Amérique latine est prévue pour novembre 2025, suivie d’une série de concerts au Mexique en 2026. L’objectif ? Présenter ce nouveau répertoire en espagnol, après des années où le groupe jouait ses titres hispanophones en pointillés dans ses sets.
« La réaction d’Amérique latine, c’est : *On veut qu’ils viennent jouer ça ici* », souligne B-Real. Un engouement qui confirme l’importance de ce retour aux sources, à la fois artistique et politique. Après cet album, le groupe enchaînera avec un projet hybride (hip-hop/métal) dans la veine de *Skull & Bones*, avant de poursuivre ses collaborations et ses tournées sans interruption.