La France face à l’essor de la cybercriminalité : Johanna Brousse, cheffe de la section cyber du parquet de Paris, expose dans un nouvel ouvrage les défis posés par l’intelligence artificielle et la responsabilité des géants du numérique, entre arrestations spectaculaires et enjeux systémiques.
Une magistrate en première ligne contre les cybermenaces
Johanna Brousse, 41 ans, a marqué l’histoire judiciaire en ordonnant en 2024 l’arrestation de Pavel Durov, patron de Telegram, et en requérant en 2026 la mise en examen d’Elon Musk, propriétaire de X. Dans son livre « Cybercombattante », coécrit avec la journaliste Clémence de Blasi, elle révèle les coulisses d’une lutte contre une criminalité en mutation, alimentée par l’intelligence artificielle. « La France est attaquée tous les jours dans le cyberespace », alerte-t-elle, évoquant des hackers isolés comme des États hostiles.
Des attaques aux conséquences concrètes : l’exemple du piratage des impôts
L’été dernier, le groupe Zerobytes a revendiqué le piratage massif des données fiscales françaises, touchant 678 000 victimes. Cet incident illustre l’ampleur des menaces, désormais omniprésentes, y compris dans des dossiers inattendus comme les violences conjugales, où des mouchards numériques permettent de surveiller un conjoint. Brousse souligne aussi le risque croissant de cyberattaques à des fins terroristes, tandis que l’IA promet de faciliter les infractions dans les années à venir.
Plateformes numériques : entre collaboration et résistance
La justice française reproche à Telegram, via son fondateur Pavel Durov, de ne pas coopérer suffisamment avec les enquêteurs, notamment dans des affaires de violences sexuelles. Malgré les pressions, Brousse défend ses décisions : deux jours après l’arrestation de Durov, Telegram a finalement répondu à deux réquisitions urgentes, sauvant des vies selon elle. « Le monde peut s’offusquer, mais nous, nous sauvons des vies », affirme-t-elle. Depuis, des enquêtes sont ouvertes contre d’autres plateformes comme Kick, Coco ou X, rappelant que « même les milliardaires doivent respecter la loi ».
Cybercriminalité juvénile : un phénomène en hausse
Brousse constate une recrudescence des mineurs impliqués dans des cyberattaques, motivés par un isolement social, une recherche d’adrénaline ou un imaginaire de « héros hacker ». Pour contrer ce phénomène, elle mise sur des alternatives : elle a par exemple mis en contact un jeune pirate avec un expert en cybersécurité de TotalEnergies, espérant lui offrir une voie professionnelle légitime. « Il faut déconstruire ce mythe et donner des modèles », explique-t-elle.