La situation économique des Sénégalais s’est fortement dégradée ces deux dernières années, selon Abdou Khafor Touré, invité d’une émission télévisée. Les secteurs du BTP et des services, notamment les métiers de menuisier, chauffeur et ouvrier, subissent de plein fouet le ralentissement de l’activité et l’absence de création d’emplois. Pour ce dernier, les priorités gouvernementales doivent impérativement se recentrer sur les besoins concrets des populations : accès au logement, paiement des loyers et scolarité des enfants.
Un agenda politique éloigné des réalités sociales
Abdou Khafor Touré souligne que les préoccupations des Sénégalais ne coïncident pas avec les débats politiques ou le calendrier électoral. Il constate que les questions d’emploi des jeunes, bien que récemment évoquées, n’ont été érigées en priorité qu’après un délai qu’il juge trop long. Selon lui, les deux dernières années ont davantage été marquées par des tensions politiques et des procédures judiciaires ciblant l’ancien régime, au détriment des urgences économiques.
L’urgence démographique du pays, avec une population majoritairement jeune, aggrave ces défis. Chaque année, des centaines de milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail, mais l’économie sénégalaise peine à absorber cette main-d’œuvre. Le chômage massif des jeunes et l’inadéquation entre les formations professionnelles et les besoins du marché du travail sont pointés du doigt comme des obstacles structurels.
Le rôle de l’opposition et des partis au pouvoir
Abdou Khafor Touré appelle à une opposition responsable plutôt qu’à une radicalisation des partis politiques. Il estime que les formations ayant exercé le pouvoir, comme l’APR, le PDS ou le Parti socialiste, doivent jouer un rôle de proposition et rappeler constamment aux autorités les priorités nationales. Il regrette en revanche que les chantiers structurants, tels que l’investissement industriel et l’attractivité des investisseurs étrangers, n’aient pas été une priorité ces dernières années.
Se revendiquant héritier du libéralisme économique initié sous Abdoulaye Wade, il rappelle que l’État sénégalais a, depuis vingt-cinq ans, adopté une approche keynésienne de développement, avec des avancées significatives sous les mandats de Wade puis de Macky Sall. Pour lui, ces politiques ont contribué à moderniser le pays, mais leur impact reste insuffisant face aux défis actuels.