Le placement des lycéens ghanéens pour l’année 2026 a déclenché une polémique majeure, avec près de 55 000 candidats initialement classés comme non admissibles. Selon l’ancien directeur adjoint du Ghana Education Service, Dr Kwabena Bempah Tandoh, la crise provient surtout de modifications récentes du modèle d’affectation plutôt que d’une pénurie de places.
Un modèle historique fondé sur le choix et la capacité disponible
Jusqu’aux réformes de 1987, les élèves passaient le Common Entrance puis étaient admis dans les établissements de leur préférence, dans la mesure où les capacités le permettaient. L’introduction du système JSS/SSS, devenu JHS/SHS, a conservé ce principe, mais a ajouté la nécessité de tenir compte du mérite et du nombre limité de places. En 2005, le Ghana a modernisé le processus avec le Computerised School Selection and Placement System (CSSPS), qui a automatisé la collecte des vœux et le calcul des seuils, sans toutefois éliminer les coupures imposées par la capacité réelle des écoles.
Les réformes de 2026 : deux écoles de catégorie A et critères élargis
Le tournant décisif a été la décision de permettre aux candidats de choisir deux écoles de « catégorie A », alors qu’auparavant un seul choix était autorisé, les autres provenant des catégories B et C. Cette modification a concentré la demande sur les 76 417 places disponibles en catégorie A, alors que 313 000 élèves ont sélectionné ces établissements. Parallèlement, le seuil d’éligibilité a été abaissé, ouvrant la porte aux étudiants dont la moyenne se situe entre six et dix, sans que les autorités n’aient clairement communiqué l’impact de ce glissement sur la capacité d’accueil.
Capacité globale versus concentration de la demande
Les chiffres officiels montrent que 859 828 places étaient disponibles pour l’ensemble du pays, contre environ 623 000 candidats, ce qui suggère que le problème ne réside pas dans une insuffisance d’infrastructures. Entre 2019 et 2025, 1 132 projets d’infrastructure ont été réalisés pour augmenter la capacité des écoles. Cependant, la répartition géographique et la popularité de certaines institutions, notamment les écoles de catégorie A, ont créé un déséquilibre : les écoles très prisées ne pouvaient accueillir qu’une fraction des demandes, générant ainsi des listes d’attente massives.
Communication déficiente et appel à la concertation
Le ministère de l’Éducation a d’abord classé 54 985 candidats comme disqualifiés, avant de revenir sur sa décision 48 heures plus tard et d’autoriser le « self‑placement ». Cette volte‑face a confirmé l’incertitude engendrée par la modification des règles sans consultation préalable des parties prenantes. Le Dr Tandoh recommande une plus grande cohérence dans les politiques éducatives, ainsi qu’une consultation approfondie avec les écoles, les parents et les experts avant toute réforme majeure du système de placement, afin d’allier le droit au choix des élèves à la réalité des capacités d’accueil.