La Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) a recensé le décès de 23 détenus au cours des mois de juillet et août, pointant du doigt l'impact de la canicule sur des établissements pénitentiaires en proie à une surpopulation chronique. Face à ces allégations, les autorités tunisiennes maintiennent une position de déni, refusant de confirmer le lien entre les conditions de détention et ces disparitions tout en s'abstenant de communiquer des données officielles.
Une surmortalité dénoncée par la société civile
Selon Bassem Trifi, président de la LTDH, le bilan de 23 décès a été établi à partir de témoignages croisés de médecins, d'avocats et de familles. Parmi les victimes figurent des profils variés, incluant l'homme d'affaires Lazhar Sta, un étudiant de 24 ans et un ressortissant libanais. Les défenseurs des droits humains soulignent que la combinaison de températures dépassant les 45 °C, de coupures d'eau récurrentes et d'une ventilation défaillante dans des cellules surpeuplées crée un environnement mortifère pour les détenus.
Le silence des autorités face aux inquiétudes
L'administration pénitentiaire rejette fermement ces critiques, affirmant que les soins médicaux prodigués respectent la réglementation en vigueur et que les mesures nécessaires ont été prises pour protéger les détenus de la chaleur. Cette fin de non-recevoir est vivement contestée par l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), qui réclame des enquêtes transparentes et indépendantes. L'organisation déplore également l'opacité totale entourant ces décès, faute de statistiques publiques.
Des figures publiques en situation de vulnérabilité
L'inquiétude dépasse le cadre des détenus de droit commun et touche des personnalités politiques et médiatiques incarcérées depuis 2023. Des figures comme Rached Ghannouchi, Ahmed Nejib Chebbi et Issam Chebbi, dont l'état de santé est jugé fragile par leurs proches, sont au cœur des alertes. La situation du journaliste Mohamed Yousfi, opéré de l'appendicite en détention et dont la prise en charge médicale a été jugée insuffisante par ses défenseurs, illustre les tensions croissantes autour du respect des droits fondamentaux en milieu carcéral.
Un accès aux prisons restreint
La possibilité de vérifier ces conditions de détention est entravée par l'interdiction faite à la LTDH d'accéder aux établissements pénitentiaires depuis novembre 2025. Cette fermeture aux observateurs extérieurs renforce les craintes des familles, comme celle de Zied El Heni, qui expriment quotidiennement leur angoisse face à l'incertitude sur le sort de leurs proches. L'OMCT exhorte désormais les autorités à autoriser de nouveau les visites des organisations de défense des droits pour garantir la sécurité des personnes privées de liberté.