La crise sécuritaire qui frappe le Burkina Faso, le Mali et le Niger dépasse le cadre d'un simple conflit local ou ethnique pour s'inscrire dans une lutte géopolitique majeure autour du contrôle des ressources naturelles. Face à cet enjeu existentiel, le démographe-économiste Clément Roger Yaméogo déplore le silence prolongé des intellectuels africains, dont l'expertise est pourtant cruciale pour orienter la souveraineté et le destin du continent.
Une lutte pour la survie économique
Loin des interprétations réduisant la situation à des tensions intercommunautaires ou à des querelles de légitimité politique, cette crise révèle une bataille pour la maîtrise des matières premières. Selon l'analyse de Clément Roger Yaméogo, l'insécurité persistante dans le Liptako-Gourma sert de levier de conservation pour des firmes occidentales cherchant à sécuriser leur accès à l'or, à l'uranium, au pétrole et aux métaux stratégiques. Dans un contexte où l'Europe, confrontée à un déclin démographique et technologique, voit en l'Afrique son dernier espoir de survie économique, la déstabilisation devient un outil de maintien de privilèges hérités de l'ère coloniale.
Le silence des élites face à l'histoire
L'auteur pointe une anomalie historique : alors que d'autres sociétés ont su puiser dans leur passé douloureux pour forger une conscience nationale et rebondir, l'Afrique noire semble peiner à transformer ses traumatismes en moteur de développement. Malgré la démocratisation de l'accès au savoir et la multiplication des diplômés de haut niveau depuis la création du CAMES, le corps intellectuel reste en retrait. Ce mutisme est d'autant plus préoccupant que les outils de diffusion de l'information n'ont jamais été aussi accessibles, offrant une opportunité inédite de contrer les narratifs extérieurs.
Vers une mobilisation des savoirs
Pour sortir de cette impasse, l'engagement des experts est impératif. Sociologues, historiens, économistes et journalistes sont appelés à déconstruire les idéologies de recolonisation et à proposer des solutions endogènes. L'enjeu est de bâtir un discours panafricaniste rationnel et patriotique, capable d'unir les populations autour de la défense de leurs intérêts. Cette bataille, qui se joue autant sur le terrain militaire que sur celui de la communication, nécessite une union sacrée pour transformer la perception internationale de l'Afrique et garantir que les richesses du continent profitent en priorité à ses propres nations.