Crise alimentaire à Cuba : les racines structurelles d'une dépendance aux importations

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 29 lectures
Crise alimentaire à Cuba : les racines structurelles d'une dépendance aux importations

Malgré un potentiel agricole naturel important, Cuba traverse une crise alimentaire sévère, important environ 80 % de ses besoins nutritionnels. Cette dépendance, qui coûte au pays 2,4 milliards de dollars par an, s'est aggravée par un effondrement marqué de la production nationale de denrées de base entre 2018 et 2023.

L'héritage du modèle sucrier

Pendant plus d'un siècle, l'économie cubaine a été structurée autour de la monoculture du sucre, destinée à l'exportation pour financer l'achat de produits alimentaires. Ce modèle, bien que rentable durant les périodes de stabilité des cours mondiaux, a freiné la diversification agricole. Après 1959, la tentative de rompre avec cette dépendance a échoué, le pays se recentrant sur le sucre avec le soutien de l'Union soviétique. La chute de l'URSS en 1991 a provoqué un choc brutal, privant l'île de ses marchés privilégiés, de ses intrants agricoles et de ses revenus d'exportation, marquant le début d'une détérioration durable du secteur.

Les limites du système de production étatique

L'échec actuel est largement attribué à une gestion centralisée qui décourage les producteurs. L'entreprise publique Acopio, qui monopolise la collecte des récoltes, impose des prix d'achat souvent inférieurs aux coûts de production, tout en peinant à fournir les intrants nécessaires. Cette absence de mécanismes de marché, couplée à une insécurité foncière pour les agriculteurs — dont la majorité exploite des terres appartenant à l'État en usufruit — limite drastiquement les incitations à la productivité. Le paradoxe est frappant : alors que l'île est entourée par la mer, la production halieutique est quasi inexistante, entravée par le manque d'investissements et des contrôles sécuritaires stricts sur les embarcations.

Déséquilibre des investissements et crise de moyens

Le secteur agricole souffre d'un sous-investissement chronique. En 2024, seulement 2,7 % des investissements publics ont été alloués à l'agriculture, contre 37,4 % dédiés au tourisme et à l'hôtellerie. Cette priorité budgétaire, ajoutée à une crise démographique qui voit les jeunes quitter le pays, laisse les exploitations avec des machines obsolètes et un accès limité à l'irrigation. Le manque de carburant, exacerbé par les sanctions américaines et la perte de soutiens extérieurs, paralyse la chaîne de production, du champ jusqu'à la distribution.

Perspectives de réforme

Le gouvernement a annoncé 176 nouvelles mesures, incluant l'allongement de la durée d'usufruit des terres et une ouverture accrue aux capitaux étrangers. Si ces réformes visent à stimuler la production, les experts restent sceptiques quant à leur efficacité réelle. La reconstruction du secteur exige des ressources financières et techniques dont l'État, confronté à une contraction de 15 % de son PIB en six ans, ne dispose actuellement pas. La dépendance alimentaire demeure ainsi un enjeu de sécurité nationale majeur, suspendu à la capacité du pays à transformer radicalement son modèle économique.

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