Cour des comptes burundaise : des manquements graves et un retard stratégique à combler

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 22 lectures
Cour des comptes burundaise : des manquements graves et un retard stratégique à combler

La Cour des comptes du Burundi révèle des dysfonctionnements majeurs dans la gestion des finances publiques, avec des irrégularités récurrentes et un retard dans l’adhésion à une organisation clé. Son rapport 2025-2026 souligne des manquements critiques, des blocages institutionnels et des contraintes financières qui limitent son action.

Les faits essentiels

L’audit annuel de la Cour des comptes du Burundi met en lumière des irrégularités persistantes au sein des institutions publiques. Parmi les 24 constatations récurrentes identifiées, figurent le non-respect des prévisions d’exonérations fiscales, des dépassements budgétaires non maîtrisés, des procédures de passation des marchés non respectées, ainsi qu’un faible taux d’exécution des projets. Le président de l’institution, Léopold Kabura, souligne notamment un dépassement de 120 % des prévisions pour les exonérations, sans que les montants exacts ne soient précisés. Par ailleurs, l’absence de sincérité dans le déficit budgétaire et la non-transmission des annexes légales des projets de lois des finances sont également pointées du doigt.

Un autre enjeu majeur réside dans l’impossibilité pour la Cour des comptes de rejoindre l’INTOSAI, une organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques. Cette adhésion, bloquée par la présence de l’Inspection générale de l’État déjà membre, prive la Cour de formations essentielles et de pouvoirs juridictionnels renforcés. Enfin, des contraintes financières ont limité le nombre d’audits réalisés : seulement huit des douze prévus ont pu être menés faute de moyens suffisants.

Pourquoi c'est important

Ces dysfonctionnements soulèvent des questions cruciales sur la crédibilité et l’efficacité de la gestion publique au Burundi. Les irrégularités budgétaires, comme les dépassements d’exonérations ou les manquements aux procédures, risquent d’aggraver les déséquilibres financiers et de compromettre la transparence des comptes de l’État. L’impossibilité d’adhérer à l’INTOSAI prive par ailleurs la Cour des comptes de ressources techniques et juridictionnelles indispensables pour renforcer son rôle de contrôle. Ces lacunes pourraient affaiblir la redevabilité des institutions et limiter la capacité du parlement à sanctionner les gestionnaires défaillants.

Les retards dans l’exécution des recommandations formulées lors des audits précédents interrogent également sur l’effectivité des mécanismes de suivi. Sans actions concrètes de la part des ministères concernés, les manquements risquent de se perpétuer, avec des conséquences directes sur la qualité des services publics et la confiance des citoyens.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs points restent en suspens et nécessitent une attention immédiate. D’abord, l’évolution des démarches pour l’adhésion à l’INTOSAI, bloquée par la concurrence avec l’Inspection générale de l’État. Une résolution de ce conflit permettrait à la Cour des comptes d’accéder à des formations et à des outils juridictionnels, renforçant ainsi son indépendance. Ensuite, la mise en œuvre des recommandations du rapport par les institutions auditées, dont l’effectivité n’est pas encore garantie. Le président de la Cour a indiqué que le parlement pourrait convoquer les gestionnaires concernés pour répondre des manquements identifiés.

Enfin, la question des financements reste critique. Sans ressources supplémentaires, la Cour des comptes ne pourra pas étendre son champ d’audit ni garantir une couverture exhaustive des institutions publiques. La publication prochaine des rapports d’analyse budgétaire pour les exercices 2023-2024 à 2026-2027 pourrait apporter des éclairages supplémentaires sur l’ampleur des irrégularités et les pistes d’amélioration.

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