Un député ivoirien propose une suspension radicale de toute exploitation aurifère en Côte d’Ivoire pendant cinq ans pour endiguer les ravages de l’orpaillage clandestin et restaurer les terres dévastées. Une mesure qui, si elle était adoptée, bouleverserait un secteur économique en pleine expansion, tout en s’attaquant à une crise environnementale et sociale persistante.
Les faits essentiels
Le député Léandre Koffi a suggéré, le 19 août 2026, une suspension de cinq ans de toute activité d’extraction d’or en Côte d’Ivoire, qu’elle soit légale ou clandestine. Cette proposition intervient dans un contexte où les autorités multiplient les opérations contre l’orpaillage illégal, avec plus de 8 500 sites clandestins démantelés depuis 2021. Les forces de sécurité ont interpellé 4 474 personnes, dont 65 % d’étrangers, et saisi 136 kg d’or ainsi que des fonds dépassant 960 millions de francs CFA.
En 2026, les interventions se poursuivent : 1 114 sites évacués et 1 531 personnes arrêtées entre janvier et juillet. Les saisies incluent des milliers de motopompes, 59 pelleteuses, des groupes électrogènes, des motocyclettes, 4,41 kg d’or et 255 barres de dynamite. Parallèlement, un programme de restauration des terres dégradées, lancé en février 2026 à Daoukro, vise à reboiser et développer l’agroforesterie sur 4 500 hectares d’ici 2030.
Le secteur aurifère industriel, en pleine croissance, produit actuellement 58,404 tonnes d’or par an (2024) et prévoit une hausse à 63,525 tonnes en 2026, puis 81,516 tonnes en 2030. Vingt mines industrielles sont en activité, et aucune décision officielle n’a encore entériné le moratoire proposé.
Pourquoi c'est important
L’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire a des répercussions majeures sur l’environnement et l’économie. Les sols dégradés, les forêts détruites et les cours d’eau pollués menacent la biodiversité et la santé des populations locales. L’agriculture, qui représente 17 % du PIB et 40 % des emplois, pourrait être durablement affectée par la dégradation des terres, alors que le pays mise sur ce secteur pour son développement.
La proposition de moratoire soulève un dilemme : faut-il sacrifier une industrie en plein essor, génératrice de revenus et d’emplois, pour préserver l’environnement et les moyens de subsistance des agriculteurs ? Les autorités doivent arbitrer entre la nécessité de restaurer les écosystèmes et les bénéfices économiques immédiats tirés de l’exploitation aurifère.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments restent en suspens. D’abord, la réaction des autorités face à cette proposition : une suspension de cinq ans serait-elle adoptée, ou des mesures alternatives seront-elles privilégiées ? Ensuite, l’avancement du programme de restauration des terres, dont l’objectif de 4 500 hectares restaurés d’ici 2030 devra être évalué régulièrement.
Enfin, l’impact économique d’un éventuel moratoire sur les mines industrielles devra être analysé, notamment en termes de perte de revenus et d’emplois. Les prochaines annonces gouvernementales sur la régulation du secteur seront déterminantes pour l’avenir de l’orpaillage en Côte d’Ivoire.