Côte d’Ivoire : l’urgence d’un lait vital

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 76 lectures
Côte d’Ivoire : l’urgence d’un lait vital

Un objectif ambitieux pour sauver des vies. D’ici 2027, la Côte d’Ivoire vise 50 % d’allaitement exclusif chez les nourrissons. Un défi de taille, alors que trois enfants sur quatre en sont aujourd’hui privés.

Abidjan, 23 juin 2026. Sous les projecteurs du CNAPE, le Comité national pour la Promotion de l’allaitement, une réunion d’urgence scelle l’avenir nutritionnel du pays. Objectif : lancer une campagne nationale en juillet, placée sous l’égide du vice-président Tiémoko Meyliet Koné. Mais derrière les discours officiels, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Un déclin inquiétant. En 2021, 34 % des bébés ivoiriens bénéficiaient d’un allaitement exclusif. Quatre ans plus tard, ils ne sont plus que 25,3 %. Pire : la mise au sein dans l’heure qui suit la naissance s’est effondrée, passant de 36,6 % à 26,1 %. « Trois enfants sur quatre ne reçoivent pas le lait maternel dont ils ont besoin », alerte le Dr Patricia Yoboué N’goran, coordonnatrice du CONANUT. Pourtant, 96,9 % des femmes allaitent – mais rarement de manière exclusive.

Pourquoi un tel échec ? Les freins sont multiples. Croyances erronées, pression sociale, absence de soutien dans les hôpitaux… L’allaitement reste un tabou. « Les normes culturelles freinent encore les mères », souligne le rapport du PNMA 2026-2027. Pourtant, les bénéfices sont clairs : un enfant allaité exclusivement a 14 fois moins de risques de mourir avant un an.

Un plan d’action, mais des moyens insuffisants ? Le Plan national multisectoriel d’Accélération de l’Allaitement (PNMA) trace la voie. Renforcement des formations pour les professionnels de santé, sensibilisation massive, lutte contre les publicités pour les lait infantiles… « Nous devons faire de l’allaitement la norme », insiste le CNAPE. Mais face à des infrastructures sanitaires souvent défaillantes et à un manque de suivi post-partum, les questions restent : ces mesures suffiront-elles ? Qui financera ces campagnes à grande échelle ?

Le lait maternel, un enjeu de souveraineté. Au-delà des statistiques, l’enjeu est politique. « Un enfant bien nourri aujourd’hui est un citoyen productif demain », rappelle le PNMA. Pourtant, la Côte d’Ivoire importait 1,2 milliard de francs CFA de lait infantile en 2025 – une dépense qui pourrait être évitée. Pourquoi ne pas miser sur ce que la nature offre, gratuitement ?

Et si la solution était plus simple que prévu ? Les pays voisins comme le Sénégal (44 % d’allaitement exclusif) ou le Bénin (38 %) prouvent que les résultats existent. Alors, pourquoi la Côte d’Ivoire traîne-t-elle ? La réponse réside peut-être dans la volonté politique – ou son absence. Car derrière les chiffres, il y a des vies brisées, des communautés affaiblies, et un futur compromis.

La question qui tue : jusqu’à quand attendrons-nous ? Le délai est serré. 2027 approche. Si rien ne change, la moitié des nourrissons continueront de grandir affaiblis. Alors, qu’attendez-vous pour agir ? Le lait maternel n’est pas un luxe, c’est une question de survie. Et le temps presse.

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