La 17e Conférence des Nations unies sur la lutte contre la désertification a démarré le 17 août à Oulan‑Bator, en Mongolie, avec la participation de 197 pays. La France, jusque‑là simple observatrice, s’est déclarée « nation affectée » par la dégradation des sols, ce qui l’oblige à mettre en place un plan d’action et à rendre compte tous les deux ans.
Les faits essentiels
Lors de la COP17, les délégués ont rappelé que la désertification désigne la dégradation des terres dans les zones arides, semi‑arides ou subhumides sèches, mais que le mandat s’est élargi à la détérioration globale des sols. En France, une enquête du Comité scientifique français de la désertification (CSFD) indique que 1,4 % du territoire, soit 751 700 ha, est officiellement touché, principalement autour du pourtour méditerranéen. En élargissant les indicateurs (perte de carbone, changement d’usage, baisse de productivité, salinisation, pollution, érosion, artificialisation), le même organisme estime que près de 70 % des terres françaises sont déjà dégradées. Au niveau mondial, 40 % des terres sont concernées, affectant directement 3,2 milliards de personnes, et les prévisions annoncent une perte supplémentaire d’une superficie équivalente à l’Amérique du Sud d’ici 2050 si les tendances persistent.
Pourquoi c’est important
La santé des sols est cruciale pour la sécurité alimentaire, la biodiversité et la régulation climatique. En France, le CSFD prévoit qu’un tiers du territoire a vu son aridité augmenter entre 1993 et 2022, et que, si le réchauffement actuel se maintient, 90 % des sols pourraient être affectés d’ici 2050. L’impact économique serait majeur : l’agriculture française pourrait perdre entre 35 % et 40 % de sa valeur ajoutée, soit 14 à 16 milliards d’euros, tandis que, à l’échelle mondiale, les rendements agricoles pourraient chuter de 10 % à 50 % selon l’IPBES. Les sols sains stockent le carbone, filtrent l’eau, soutiennent la biodiversité et atténuent les sécheresses, ce qui rend leur préservation indispensable face aux épisodes caniculaires et aux incendies de plus en plus fréquents.
Ce qu’il faut surveiller
La prochaine étape pour la France consiste à élaborer un plan d’action national et à publier un rapport biannuel sur l’état des sols, comme l’exige la convention. Le rôle du pastoralisme, mis en avant par la Mongolie, suscite l’intérêt : environ 500 millions de personnes pratiquent ce mode d’élevage mobile, qui prévient l’épuisement des pâturages et réduit le risque d’incendies en broutant la végétation inflammable (étude du CIRAD). En France, 10 % des élevages utilisent la transhumance, soit près de 60 000 exploitations, mais les conditions climatiques actuelles obligent déjà certains éleveurs à quitter prématurément les alpages. Enfin, le financement reste un point critique : lors de la précédente COP, un protocole contraignant a été bloqué par plusieurs pays occidentaux, alors que la désertification et la dégradation des terres coûtent au monde 900 milliards de dollars chaque année. La présidente de la COP17 a souligné que chaque dollar investi dans la restauration des terres pourrait générer 35 dollars, un argument qui pourrait influencer les négociations futures.