Près d'une décennie après leur licenciement, 91 anciens employés de la multinationale Saipem au Sénégal relancent une offensive pour obtenir réparation. Le collectif réclame désormais cinq milliards de francs CFA d'indemnités, en plus de dommages et intérêts, tout en sollicitant l'arbitrage direct de la présidence de la République pour débloquer ce dossier social complexe.
Un conflit hérité de la transition Bouygues Offshore
L'origine du litige remonte au rachat de Bouygues Offshore par Saipem en 2002. Si la relation contractuelle s'est poursuivie jusqu'aux licenciements intervenus entre 2015 et 2016, les anciens salariés estiment que ces ruptures de contrat sont abusives. Après un parcours judiciaire sinueux, marqué par des décisions contradictoires entre la première instance et la Cour d'appel, le collectif affirme détenir aujourd'hui de nouveaux éléments probants, tels que des certificats de travail, pour prouver la continuité de leur lien professionnel avec le groupe pétrolier.
L'interpellation des autorités sénégalaises
Face à l'épuisement des voies de recours classiques, les anciens travailleurs ont multiplié les démarches auprès des institutions étatiques. Après des échanges avec le ministère de l'Énergie et des rencontres avec le cabinet du président de la République, le collectif attend une intervention ferme de l'État. Les plaignants soulignent le paradoxe d'une entreprise comme Saipem, très active sur des projets stratégiques nationaux comme le champ gazier Grande Tortue Ahmeyim (GTA), tout en laissant en suspens une situation sociale qu'ils jugent précaire.
Revendications financières et transparence actionnariale
Au-delà de l'enveloppe de cinq milliards de francs CFA, le collectif soulève la question de l'épargne salariale et des actions détenues à l'époque de Bouygues Offshore. Les anciens employés exigent une clarification sur le devenir de ces titres, dont ils disent avoir perdu la trace lors des restructurations successives du groupe. Ils comparent leur situation à celle de leurs homologues en France, où des procédures similaires auraient abouti à des indemnisations, et dénoncent une politique sociale qu'ils estiment déconnectée de la réalité du terrain sénégalais.
Un enjeu humain et de souveraineté
Pour ces 91 travailleurs, dont certains font face à des difficultés sociales et sanitaires sévères, l'enjeu dépasse le simple cadre financier. Ils appellent l'État à user de son influence pour favoriser une médiation avec la multinationale. En pointant du doigt les programmes de formation de jeunes techniciens lancés par Saipem, le collectif dénonce une stratégie de communication qui occulterait, selon eux, le passif social accumulé envers ceux qui ont contribué à l'implantation historique de l'entreprise dans le pays.