Comment l'intolérance au lactose a été érigée en pathologie par l'impérialisme alimentaire

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 31 lectures
Comment l'intolérance au lactose a été érigée en pathologie par l'impérialisme alimentaire

Loin d'être une anomalie génétique, l'incapacité à digérer le lait après l'enfance constitue l'état physiologique majoritaire à l'échelle mondiale. La transformation de cette caractéristique biologique en "trouble" ou "défaut" est le résultat d'une construction historique et politique liée aux intérêts commerciaux et aux préjugés raciaux du XXe siècle.

Une construction née des surplus industriels

L'idée que la tolérance au lactose serait la norme humaine a émergé aux États-Unis dans l'après-guerre. Face à des excédents massifs de production laitière, l'industrie a sollicité l'intervention du gouvernement pour écouler ses stocks via des programmes d'aide alimentaire et des cantines scolaires, tant sur le territoire national qu'auprès d'alliés comme le Japon ou Taïwan. Lorsque les populations locales, génétiquement moins habituées à consommer du lait, ont manifesté des troubles digestifs, la science de l'époque a interprété ces réactions non comme une diversité métabolique, mais comme une déficience biologique.

L'impérialisme alimentaire comme norme

Ce phénomène s'inscrit dans ce que les historiens nomment l'impérialisme alimentaire : une vision du monde où les régimes alimentaires occidentaux, riches en produits laitiers et en viande, sont érigés en standards universels de santé. Durant le XXe siècle, cette approche a conduit à stigmatiser d'autres habitudes alimentaires, comme celles basées sur le riz, jugées inférieures. Cette hiérarchisation a persisté, influençant les guides nutritionnels nationaux de nombreux pays, qui continuent de promouvoir la consommation de lait malgré la prévalence élevée de l'intolérance au sein de leurs propres populations.

La récupération politique d'une différence biologique

La pathologisation de l'intolérance au lactose a dépassé le cadre de la nutrition pour nourrir des discours racistes. En présentant la capacité à digérer le lait comme un marqueur de supériorité, certains groupes suprémacistes ont instrumentalisé cette donnée génétique pour renforcer des théories de hiérarchie raciale. En ligne, le lait a parfois été détourné comme un symbole identitaire pour exclure les populations non blanches. Cette instrumentalisation démontre comment une simple variation génétique, lorsqu'elle est mal interprétée par le prisme de l'idéologie, peut être utilisée pour justifier des discriminations et perpétuer des préjugés sociaux persistants.

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