Clonage vocal par IA : un doubleur japonais de "Jujutsu Kaisen" attaque TikTok en justice

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 26 lectures
Clonage vocal par IA : un doubleur japonais de "Jujutsu Kaisen" attaque TikTok en justice

Kenjiro Tsuda, doubleur japonais connu pour avoir prêté sa voix à des franchises animées mondialement reconnues comme "Jujutsu Kaisen" et "Yu-Gi-Oh!", attaque TikTok en justice pour avoir diffusé sur la plateforme des vidéos utilisant une reproduction de sa voix par intelligence artificielle. Le verdict, attendu mercredi devant le tribunal de district de Tokyo, est scruté par l'ensemble du secteur créatif.

L'acteur exige le retrait de vidéos et TikTok conteste

L'acteur de 55 ans réclame le retrait d'une série de vidéos dotées d'une voix qualifiée de "grave" et "chatoyante", qu'il affirme être irréductiblement la sienne. TikTok défend cependant sa position en qualifiant la voix en cause de "masculine générique", dont la ressemblance avec celle de Tsuda serait au mieux subjective, selon des documents judiciaires consultés par l'AFP. La plateforme assure n'avoir fait qu'"héberger un forum où les usagers publient un contenu créatif et ingénieux relevant de la liberté d'expression".

Un compte aux revenus conséquents au centre du litige

Un compte anonyme, dont l'image de profil évoquait un personnage de "Jujutsu Kaisen" doublé par Tsuda, a publié des vidéos combinant animations et voix apparemment générées par IA, portant sur des légendes urbaines et des théories du complot. Avec plus de 200 000 abonnés, le compte aurait généré plus de 500 000 yens (environ 2 780 euros) de revenus mensuels, selon la plainte. Les avocats de l'acteur soulignent que ce compte "n'a gagné en popularité que parce que son contenu douteux était narré par la voix séduisante d'un acteur populaire".

Le Japon face à l'absence de loi explicite sur l'IA

Au Japon, en l'absence de législation spécifique, le ministère de la Justice a publié le mois dernier des directives non contraignantes affirmant que la voix, en tant que "symbole de la personnalité de chacun", relève du droit d'empêcher l'utilisation non autorisée du portrait et de l'apparence. Le Syndicat japonais des acteurs, dont la directrice exécutive Yuko Sasaki est elle-même doubleuse, appelle la justice à "reconnaître la propriété d'une voix comme un droit fondamental".

Un enjeu mondial pour les créateurs face au clonage IA

L'affaire s'inscrit dans un débat planétaire. La Fédération Internationale des Acteurs jugeait l'an dernier que les lois sur le droit d'auteur et la protection des données ne sont pas suffisamment adaptées pour protéger les artistes contre les clones IA. En 2024, OpenAI avait dû présenter des excuses à l'actrice Scarlett Johansson pour une voix synthétique lui ressemblant, alors qu'elle avait refusé de collaborer avec l'entreprise. Plusieurs doubleurs japonais ont lancé une campagne contre l'imitation par IA générative des artistes sans leur accord, redoutant que "notre secteur puisse être écrasé" si la justice amène un usage "débridé" du clonage vocal.

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