La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a officiellement écarté l'idée d'une annulation de la dette française détenue par l'institution monétaire. Cette proposition, portée par le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, est jugée incompatible avec les traités européens et risquée pour la stabilité financière du pays.
Une violation directe des traités européens
Pour Christine Lagarde, l'annulation de la dette publique détenue par la BCE n'est pas une option envisageable. Lors d'une conférence de presse, elle a souligné que cette manœuvre constituerait une « violation pure » de l'article 123 du traité constitutif de l'Union européenne, qui interdit formellement à la banque centrale d'effacer les créances des États membres. La présidente de la BCE a qualifié cette idée de contre-productive sur les plans juridique, technique et financier.
Le débat sur la dépendance aux marchés
La proposition de Jean-Luc Mélenchon visait à réduire mécaniquement le poids de la dette publique française, qui atteint 117 % du PIB. Si la Banque de France détient une part significative de ces titres pour le compte de la BCE, les experts rappellent que cette proportion a diminué avec la réduction du bilan de l'institution. Au-delà de la faisabilité technique, des analystes comme Simon-Pierre Sengayrac, de la Fondation Jean-Jaurès, estiment que cette idée a le mérite de poser la question de la dépendance des États vis-à-vis des marchés financiers internationaux, bien qu'elle comporte des risques majeurs de hausse des taux d'intérêt.
Une levée de boucliers politique et scientifique
L'idée a suscité une opposition quasi unanime au sein de la classe politique et du monde académique. Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a mis en garde contre une perte de confiance des investisseurs, soulignant que la France doit lever 310 milliards d'euros cette année pour financer ses activités. De son côté, le prix Nobel d'économie Philippe Aghion a comparé cette proposition à une solution « miracle » sans fondement, affirmant qu'un budget crédible reste la seule voie viable pour éviter une catastrophe économique. Pour l'exécutif, renier sa signature reviendrait à fragiliser durablement la crédibilité financière de la France sur les marchés mondiaux.