L'usage de l'intelligence artificielle pour guider des interventions chirurgicales franchit des étapes décisives, illustrées par une récente opération cardiaque réalisée en Chine. Si ces avancées promettent une précision accrue, elles restent pour l'heure cantonnées au domaine de la recherche et soulèvent des enjeux majeurs concernant la fiabilité des systèmes et la place du contrôle humain.
Une avancée technologique en phase expérimentale
Le 5 septembre dernier, une équipe médicale chinoise a réussi une fermeture par cathétérisme sur un patient de 48 ans, utilisant un robot à ultrasons piloté par une IA capable de naviguer et d'identifier la lésion sans intervention humaine directe. Cette performance fait suite à un essai préclinique mené à l'Université de Californie à San Diego, où des robots humanoïdes ont réalisé une ablation de la vésicule biliaire sur un modèle animal. Bien que ces succès marquent une étape importante, les experts soulignent que ces interventions se limitent à des gestes techniques relativement simples. La complexité chirurgicale, nécessitant une compréhension spatiale en 3D, reste un défi que la technologie actuelle ne peut pas encore totalement maîtriser.
Les limites de l'autonomie chirurgicale
Le passage à une chirurgie entièrement automatisée se heurte à des obstacles structurels. Jean-Emmanuel Bibault, médecin et chercheur en IA, rappelle que ces systèmes sont entraînés sur des modèles anatomiques standards. En cas de variante anatomique rare, comme le situs inversus où les organes sont inversés, l'IA pourrait commettre des erreurs critiques faute d'avoir été préparée à de telles exceptions. Par ailleurs, la question de l'empathie et de la confiance des patients demeure centrale : à l'instar du pilotage automatique dans l'aéronautique, l'acceptation sociale d'une machine opérant sans supervision humaine reste incertaine.
Le dilemme de la supervision humaine
Si le cadre réglementaire, notamment via l'AI Act en Europe, impose une supervision humaine pour les systèmes à haut risque, l'efficacité de ce garde-fou est débattue. Le risque est que le chirurgien, par excès de confiance envers une technologie jugée fiable, réduise sa vigilance et manque des erreurs subtiles commises par la machine. Selon les projections des spécialistes, une automatisation plus poussée des actes chirurgicaux pourrait devenir une réalité clinique d'ici cinq à dix ans. D'ici là, le secteur devra résoudre l'équation complexe entre l'optimisation des soins par la robotique et la nécessité de maintenir une responsabilité humaine effective pour garantir la sécurité des patients.