Le président de l’Union des magistrats sénégalais, Cheikh Bâ, a défendu la récente décision du Conseil constitutionnel relative à la révision constitutionnelle lors d’une intervention médiatique. Invité de l’émission « Jury du dimanche » sur iTV, il a estimé que la haute juridiction avait agi dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles, sans rupture avec sa ligne habituelle.
Pour Cheikh Bâ, la décision du Conseil constitutionnel s’inscrit dans un fonctionnement normal des pouvoirs publics, où chaque institution exerce les compétences que lui reconnaît la Constitution. Il a souligné que « celui qui a le dernier mot a tranché au nom du peuple sénégalais et dans le respect de la Constitution sénégalaise ». Le magistrat a rejeté toute lecture présentant cette décision comme un événement juridique inédit, la qualifiant de « constante » et « droite dans ses bottes ».
Le Pool judiciaire financier face aux critiques
Cheikh Bâ a également défendu le bilan du Pool judiciaire financier, structure créée pour instruire des dossiers financiers et économiques. Selon ses déclarations, le Pool aurait instruit 115 dossiers, entraîné 1 090 arrestations et permis de récupérer 36 milliards 417 millions de francs CFA, ainsi que la saisie de 115 véhicules et 20 titres fonciers. Il a précisé que la structure avait reçu des rapports de plusieurs institutions, dont la Cellule nationale de traitement des informations financières, l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption, l’Inspection générale d’État et la Cour des comptes.
Face aux accusations de lenteur ou de politisation, le président de l’UMS a affirmé que ces reproches étaient injustes, soulignant l’activité du Pool et son rôle dans la lutte contre la fraude financière.
L’indépendance de la justice au cœur des débats
Cheikh Bâ a réaffirmé l’engagement de l’Union des magistrats sénégalais en faveur d’une justice libre et indépendante. Il a insisté sur le fait que l’organisation ne se laisserait pas instrumentaliser et ne porterait pas le combat d’un camp particulier. « Le quand et le comment, c’est nous qui en décidons. On ne subit pas la pression », a-t-il déclaré, ajoutant que l’UMS ne cherche ni amis ni ennemis, mais défend une justice compétente et impartiale.
Critique de la Haute Cour de justice
Le magistrat s’est montré particulièrement critique envers les règles régissant la Haute Cour de justice, soulignant que ses décisions ne sont pas susceptibles de recours. Pour lui, une juridiction dont les verdicts ne peuvent être contestés présente un danger, notamment en matière pénale. Il a rappelé que l’État de droit implique des mécanismes permettant de contester les décisions judiciaires et de réparer les préjudices éventuels. Cheikh Bâ a établi un parallèle avec l’ancienne Cour de répression de l’enrichissement illicite, supprimée en raison de l’absence de voies de recours contre ses décisions. Selon lui, ces voies de recours constituent un droit fondamental pour les citoyens.