CEDEAO : Faye tente de réconcilier deux blocs ouest-africains en crise

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 24 lectures
CEDEAO : Faye tente de réconcilier deux blocs ouest-africains en crise

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye entame à Bamako une mission diplomatique cruciale pour la CEDEAO, alors que l’organisation ouest-africaine doit composer avec l’absence de trois de ses membres fondateurs et l’émergence d’une alternative régionale, l’Alliance des États du Sahel (AES).

Une diplomatie de réconciliation face à une crise historique

La première sortie internationale de Faye à la tête de la CEDEAO s’inscrit dans un contexte de profonde fragmentation. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger a réduit l’influence de l’organisation, tandis que ces trois pays ont formé l’AES, un bloc déterminé à construire une intégration alternative fondée sur la souveraineté et la mutualisation des moyens militaires et économiques. Cette scission menace directement le projet phare de la CEDEAO : l’adoption de l’ECO, une monnaie unique prévue pour 2027, dont la viabilité dépend désormais de la cohérence d’un marché régional élargi.

Faye, dont l’élection a été perçue comme un tournant souverainiste au Sénégal, dispose d’un atout majeur : sa crédibilité auprès des dirigeants sahéliens. Son discours sur l’autonomie africaine et le rééquilibrage des partenariats internationaux contraste avec les années de tensions marquées par des sanctions et des menaces d’intervention militaire, qui ont durablement érodé la confiance dans l’organisation. La visite à Bamako s’inscrit dans une stratégie de dialogue, privilégiant les passerelles bilatérales plutôt que les confrontations institutionnelles.

Vers une coexistence organisée entre deux blocs rivaux

L’enjeu n’est plus de convaincre l’AES de revenir dans le giron de la CEDEAO, mais d’inventer un modèle de relations durables entre deux ensembles politiques aux visions divergentes. La géographie impose cette nécessité : les flux commerciaux, énergétiques et migratoires, ainsi que la menace terroriste, transcendent les frontières administratives. Le Mali, par exemple, reste un partenaire clé pour le Sénégal via le corridor Bamako-Dakar, tandis que les réseaux électriques et les infrastructures sont interconnectés.

L’ECO, si elle voit le jour en 2027, pourrait devenir un facteur d’intégration pour ses membres, mais aussi un catalyseur de nouvelles barrières avec l’AES. La présidence de Faye pourrait marquer un tournant : passer d’une logique de réintégration forcée à une stratégie de coexistence organisée, centrée sur des intérêts communs comme la sécurité collective, le commerce régional ou la libre circulation. Bamako pourrait ainsi incarner le laboratoire d’une nouvelle architecture ouest-africaine, où deux blocs coexisteraient non par contrainte, mais par nécessité géopolitique et économique.

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