À l'occasion du 9e Congrès international de la Société de cardiologie du Burkina Faso et du 4e Congrès de l'Association des sociétés de cardiologie d'Afrique de l'Ouest et du Centre (ASCAOC), des spécialistes se sont réunis à Ouagadougou pour placer la nutrition au cœur de la stratégie de lutte contre les maladies cardiovasculaires. Face à la montée en puissance de l'hypertension et de l'obésité, les experts appellent à une approche de prévention qui intègre les réalités socio-économiques et culturelles des populations africaines.
Adapter la prévention aux réalités locales
Le Pr Nobila Valentin Yaméogo, président de la Société de cardiologie du Burkina Faso, a souligné la nécessité de dépasser les recommandations médicales standardisées. L'enjeu est de concevoir des conseils nutritionnels qui soient non seulement scientifiquement rigoureux, mais également accessibles et compatibles avec les traditions alimentaires et le pouvoir d'achat des ménages. Pour les cardiologues, l'efficacité de la prévention dépend de cette capacité à ancrer les changements d'habitudes dans le quotidien réel des patients, plutôt que de proposer des modèles inadaptés.
La lutte contre l'excès de sel et les produits transformés
La consommation excessive de sodium, souvent bien au-delà des cinq grammes quotidiens recommandés par l'OMS, constitue un facteur de risque majeur. Le Pr Faouzi Addad, président d'honneur du congrès, a mis en lumière le rôle insidieux des produits transformés et des bouillons d'assaisonnement, dont la teneur en sel est souvent méconnue des consommateurs. Il préconise une action concertée impliquant les pouvoirs publics et les acteurs de l'industrie agroalimentaire, à l'instar des initiatives menées en Tunisie pour réduire progressivement le sel dans le pain, afin d'agir sur l'environnement alimentaire global.
Un défi sanitaire aux multiples facettes
Le Pr Méo Stéphane Ikama, président de l'ASCAOC, a alerté sur la double charge sanitaire que connaissent de nombreux pays africains, où la persistance de la sous-nutrition côtoie désormais l'explosion des maladies chroniques liées à l'urbanisation et aux changements de modes de vie. Au-delà de la nutrition, le congrès aborde des enjeux cruciaux comme la cardio-oncologie, la réadaptation cardiovasculaire et les troubles respiratoires du sommeil. Ces thématiques visent à renforcer la prise en charge globale des patients, de l'hôpital jusqu'au suivi à long terme.
Soutien financier et attentes politiques
La rencontre a été marquée par l'annonce d'un appui de 120 millions de FCFA de la Fondation Kanis en faveur de la Société de cardiologie du Burkina Faso, destiné à soutenir la recherche et le renforcement des compétences. De son côté, le ministre de la Santé, Dr Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, a réitéré l'engagement du gouvernement à accompagner ces travaux. Il a toutefois insisté sur l'attente des autorités : voir émerger des recommandations pratiques et fondées sur des données probantes, capables d'orienter concrètement les politiques publiques de santé au Burkina Faso et dans la sous-région.