Les populations des villages de Mpembé et Gongoué, situés dans le Canton Océan, berceau du peuple orungu, dénoncent leur abandon face aux activités pétrolières et aux conflits persistants avec la faune. Leur collectif, conduit par Wilfried Iquaqua Nkowet, lance un cri d’alerte après dix ans de démarches administratives infructueuses.
Des revendications non abouties
Leur dossier, consulté par un média, révèle des demandes récurrentes : le strict respect du Code minier, l’emploi des jeunes riverains des zones pétrolières, un encadrement effectif de la réserve où ils vivent, des réponses au conflit homme-faune, la clarification de la chefferie de Mpembé et un acte de mémoire en faveur d’Ogoula Iquaqua. Aucune réponse concrète n’a été apportée à ce jour.
« Nous sommes livrés à nous-mêmes », résument les habitants, soulignant l’absence d’encadrement dans une réserve exposée aux effets du changement climatique. Leur collectif avait placé des espoirs dans les autorités, notamment après l’hommage rendu en 2025 à Ogoula Iquaqua, figure anticoloniale du peuple orungu.
Un parcours administratif semé d’embûches
Dès 2017, une première démarche auprès d’un pétrolier s’est soldée par un refus, faute de structure juridique constituée. En 2024, une lettre adressée à la Gabon Oil Company (GOC) pour solliciter une visite des réalités locales est restée sans suite. La même année, un versement de 3 millions de francs CFA a été effectué par la SNHG pour une veillée coutumière à Gongoué, assorti d’une promesse d’emplois pour les riverains, jugée insuffisante au regard des richesses extraites de la zone.
Les populations ont également été convoquées à plusieurs reprises en 2024, notamment par la brigade territoriale de gendarmerie de Port-Gentil et le cabinet du préfet de Bendjè. Une séance de travail s’est tenue en octobre 2024, mais les habitants dénoncent l’absence d’avancées concrètes.
Une mémoire collective en péril
Au-delà des doléances matérielles, le collectif alerte sur la disparition progressive de leur identité et de leur mémoire collective. Mpembé, où vécut Ogoula Iquaqua, figure historique déportée par l’administration coloniale, est au cœur de leurs préoccupations. « Il s’agit maintenant de notre identité, notre culture, notre mémoire collective qui tend à disparaître », alertent-ils. Le collectif plaide pour un devoir de mémoire, rappelant que le village où fut allumé le feu symbolique de leur histoire doit être préservé.