Une première mondiale s’écrit à Casablanca. Le cannabis réglementé ne se limite plus aux pilules ni aux onguents. Il devient crème, sérum, ou masque. Preuve que la plante, autrefois cantonnée aux laboratoires, s’invite désormais dans nos salles de bain.
Un pas de géant vers l’innovation locale Trois ans après la légalisation encadrée, le Maroc accélère. La filière, jadis centrée sur le médical, explore désormais un nouveau terrain : les cosmétiques. À Casablanca, la marque MOROCCOCAN lance une gamme révolutionnaire. Onze produits, formulés à partir d’huile de cannabis autorisée, mélangée à des trésors naturels du Royaume – ghassoul, argan, nila bleu. Une synergie qui séduit.
Pourquoi ce choix ? Parce que le Maroc possède un atout majeur : ses ressources végétales. Le cannabis, associé à des ingrédients locaux, crée des produits haut de gamme, traçables et conformes aux normes internationales (ISO 22716). Une stratégie gagnante : transformer une culture en or vert.
Un modèle économique à suivre Karima El Haoudi, directrice générale de MOROCCOCAN, le martèle : « Nous ne vendons pas une plante, nous vendons un savoir-faire. » L’enjeu ? Valoriser le patrimoine marocain tout en répondant à une demande mondiale croissante pour les cosmétiques naturels. Les consommateurs, de plus en plus exigeants, recherchent des actifs bio, durables. Le cannabis, quand il est bien utilisé, répond à cette équation.
Mais cette diversification pose une question : jusqu’où ira cette filière ? Après les médicaments, les textiles, les cosmétiques, quels autres secteurs pourraient s’emparer de cette ressource ? L’agriculture, l’alimentation ? Les possibilités sont immenses.
Une filière en pleine mutation Ce lancement n’est pas un hasard. Il s’inscrit dans une stratégie nationale ambitieuse : faire du Maroc un leader de la transformation locale. L’ANRAC, l’agence de régulation, veille au grain. Son rôle ? Garantir la qualité, éviter les dérives, et ouvrir la voie à une industrie compétitive.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 10 000 hectares de cannabis cultivé légalement au Maroc en 2023. Une surface qui pourrait doubler d’ici 2025. Avec cette nouvelle orientation cosmétique, le Royaume mise sur deux leviers :
- La création d’emplois dans les laboratoires et les usines de transformation.
- L’export de produits finis, moins sensibles aux restrictions que la plante brute.
Et demain ? Le cannabis, bien plus qu’une tendance Les cosmétiques ne sont qu’une étape. Derrière cette innovation se cache un changement de paradigme : le cannabis réglementé n’est plus une niche, mais un secteur porteur. Il suffit de regarder les géants comme Charlotte’s Web ou Canopy Growth, qui investissent massivement dans les soins naturels.
Alors, le Maroc va-t-il devenir la « Silicon Valley du cannabis vert » ? Ou cette filière, trop dépendante des aléas politiques et économiques, restera-t-elle un rêve inabouti ?
Une chose est sûre : le marché a faim de solutions naturelles. Et le Maroc, avec son soleil, son savoir-faire et son cadre légal, est bien placé pour les livrer.
La question qui reste en suspens Dans un monde où l’industrie cosmétique pèse des milliards, une seule certitude : ce n’est qu’un début. Le cannabis, une fois décomplexé, pourrait bien devenir l’ingrédient star des années à venir. Reste à savoir si les acteurs marocains sauront en faire un atout durable – ou une opportunité éphémère.
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