Le Conseil supérieur de la Communication (CSC) du Burkina Faso a obtenu gain de cause : depuis le 27 août 2026, les chaînes publiques de la RTB sont accessibles en clair et gratuitement sur Canal+ pour les abonnés résidant au pays. Une décision qui marque un tournant dans l’accès à l’information, mais qui soulève des questions sur les modalités de sa pérennisation.
Une obligation imposée par le régulateur après des années de tensions
La mesure, effective depuis le 27 août à 15 heures, intervient après des années de négociations infructueuses et de sanctions répétées contre Canal+. Le CSC avait infligé deux amendes successives à l’opérateur en 2026 – 50 millions de F CFA en juin, puis 200 millions en juillet – pour non-respect des conventions signées en février 2025. Ces textes prévoyaient notamment l’accès gratuit aux chaînes publiques, une obligation que Canal+ avait jusqu’ici contournée en les maintenant cryptées.
L’accès provisoire actuel place les chaînes RTB, RTB Zénith et RTB3 sur les canaux 420, 421 et 422. Une solution temporaire, le temps que Canal+ intègre ces chaînes dans leur plan de service définitif, où elles devraient occuper leurs canaux initiaux (1, 2 et 3). Le CSC promet un communiqué ultérieur pour officialiser cette transition.
Le service public au cœur d’une bataille médiatique
Cette décision s’inscrit dans une volonté affichée par le régulateur de garantir un « service public de l’information de qualité, à un coût abordable et sans discrimination ». Un principe qui prend une dimension stratégique dans un contexte où l’accès à l’information est souvent limité par des barrières économiques ou techniques. Pour le CSC, il s’agit aussi de corriger une inégalité historique : celle d’un opérateur privé qui, malgré des conventions signées, maintenait des chaînes publiques payantes pour des millions de téléspectateurs.
La RTB, principal média public du Burkina, voit ainsi son audience potentiellement décuplée. Une opportunité pour renforcer son rôle dans la diffusion de contenus éducatifs, culturels et d’intérêt général, mais aussi un défi en termes de qualité et de diversité des programmes proposés.
Quelles conséquences pour les abonnés et les médias ?
Pour les abonnés Canal+ au Burkina Faso, l’accès gratuit aux chaînes publiques représente une économie immédiate, surtout dans un pays où le pouvoir d’achat reste un enjeu majeur. Cependant, cette mesure pourrait aussi impacter les recettes de l’opérateur, déjà sous pression après les sanctions financières infligées par le régulateur.
Côté médias, la RTB devra désormais rivaliser avec des chaînes privées mieux financées, tout en justifiant son rôle de service public. Une équation complexe, d’autant que le prochain plan de service de Canal+ pourrait encore modifier la donne. Le CSC, de son côté, devra veiller à ce que cette ouverture ne reste pas une mesure ponctuelle, mais s’inscrive dans une politique durable de démocratisation de l’information.