Le président camerounais Paul Biya a regagné Yaoundé ce jeudi, mettant fin à une absence de 73 jours qui a alimenté de nombreuses interrogations sur la gouvernance du pays. Ce retour, marqué par un accueil militant à l'aéroport, intervient dans un climat politique tendu où la question de la continuité de l'État reste au cœur des préoccupations.
Un retour sous haute surveillance médiatique
Parti le 7 juin dernier pour ce que la présidence avait qualifié de « court séjour privé » en Europe, le chef de l'État, âgé de 93 ans, a passé plus de deux mois en Suisse, notamment à Genève. Ce séjour, d'une durée inédite, a suscité une vive controverse au sein de l'opinion publique. À son arrivée, le président a été accueilli par des militants du parti au pouvoir, venus manifester leur soutien dans une ambiance festive, tandis que le gouvernement a régulièrement dû monter au créneau pour démentir les rumeurs persistantes concernant l'état de santé du dirigeant.
Le débat sur le vide institutionnel
L'absence prolongée de Paul Biya a ravivé les critiques de l'opposition, qui dénonce une gestion du pays en « pilotage automatique ». Plusieurs voix s'élèvent pour pointer une inertie au sommet de l'État, illustrée par l'attente prolongée de la nomination d'un nouveau gouvernement et d'un vice-président. Si les cadres du parti présidentiel, à l'instar du ministre de l'Enseignement supérieur James Fame Ndongo, assurent que le chef de l'État continue de suivre méticuleusement les dossiers depuis l'étranger, cette version est fermement contestée par des figures de l'opposition, qui y voient une vacance du pouvoir préjudiciable à la démocratie.
Incertitudes sur la succession
Au-delà de la gestion quotidienne, ce long séjour à l'étranger a intensifié les spéculations sur l'avenir politique du Cameroun et la succession du président, au pouvoir depuis 1982. L'absence de vice-président nommé place le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, comme successeur constitutionnel en cas de vacance, une perspective qui reste entourée d'un grand flou. Ce contexte est d'autant plus sensible que la réélection de Paul Biya pour un huitième mandat avait été marquée par des contestations sévères et des tensions sociales, laissant le pays dans une phase d'observation quant à la suite des événements politiques nationaux.