Le président camerounais Paul Biya a regagné Yaoundé ce jeudi 20 août, marquant la fin d'une absence de 73 jours passés en Suisse. Ce retour, très attendu, intervient dans un climat de fortes tensions politiques et d'interrogations persistantes sur la continuité de l'action gouvernementale au sommet de l'État.
Un retour sous haute surveillance médiatique
Le chef de l'État, âgé de 93 ans et au pouvoir depuis 1982, a atterri dans la capitale camerounaise en fin d'après-midi, en provenance de Genève où il séjournait depuis le 7 juin. À son arrivée à l'aéroport de Yaoundé, le président a salué ses partisans, réunis en nombre pour l'accueillir dans une atmosphère festive. Ce déplacement, officiellement qualifié de « court séjour privé en Europe », s'est transformé en une absence record, alimentant de nombreuses spéculations sur son état de santé réel.
Critiques sur la vacance du pouvoir
La durée inédite de ce séjour a cristallisé les critiques de l'opposition, qui dénonce une gestion du pays en « pilotage automatique ». Les opposants pointent du doigt un vide institutionnel préoccupant, alors que le Cameroun attend depuis plusieurs mois des réformes structurelles, notamment la nomination d'un nouveau gouvernement et la désignation d'un vice-président. Cette situation d'inertie perçue au sommet de l'État renforce le sentiment de frustration au sein d'une partie de la population, déjà marquée par les violences ayant suivi la réélection du président pour un huitième mandat en 2025.
La gestion des rumeurs par l'exécutif
Le gouvernement camerounais a dû faire face, durant ces deux mois, à une multiplication de rumeurs concernant la santé du dirigeant. Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait formellement démenti les informations faisant état d'une hospitalisation du président dans une clinique genevoise. Ces épisodes de silence prolongé, récurrents depuis plus de vingt ans, soulignent la fragilité de la communication officielle face aux attentes des citoyens camerounais, qui s'interrogent sur la capacité du pouvoir en place à répondre aux défis actuels du pays.