Le Cameroun fait face à une recrudescence préoccupante des violences faites aux femmes, avec plus de 50 féminicides recensés sur les sept premiers mois de l'année 2026. Cette tendance haussière, qui s'inscrit dans une dynamique de dégradation constante depuis 2023, place les autorités et la société civile devant l'urgence d'une réponse institutionnelle plus robuste.
Une réalité sous-estimée par les chiffres officiels
Si les statistiques compilées par les organisations de la société civile font état de 53 féminicides entre janvier et juillet 2026, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille souligne que ces données ne représentent que la partie émergée de l'iceberg. La peur des représailles, la stigmatisation sociale et la pression familiale maintiennent une grande partie des violences dans le silence. Les enquêtes de santé indiquent que près de 4 femmes sur 10 ont déjà subi des violences physiques, souvent au sein même de leur foyer, rendant la dénonciation complexe face à des agresseurs issus du cercle intime.
Les limites du cadre juridique et institutionnel
La réponse de l'État est vivement critiquée par les observateurs et les défenseurs des droits humains. Malgré le lancement d'un plan d'action en juin 2026 incluant des lignes d'écoute et des dispositifs d'orientation, les victimes rapportent fréquemment un manque d'écoute et une protection défaillante au sein des institutions. Un point de blocage majeur demeure : le projet de loi spécifique sur les violences basées sur le genre, élaboré en 2024 avec des partenaires internationaux, est toujours en attente d'examen au Parlement. Cette inertie législative est perçue comme un frein à la mise en place d'un cadre juridique réellement dissuasif.
Le poids des pesanteurs socioculturelles
Au-delà des carences légales, des sociologues comme le professeur Christian Bios pointent la persistance de traditions patriarcales qui banalisent les tensions conjugales. Le mariage, parfois instrumentalisé, devient le théâtre de violences que les structures traditionnelles et religieuses peinent à endiguer. Cette culture de la domination, couplée à une impunité persistante, favorise un cycle de violence où les conflits, qu'ils soient liés à la jalousie, à la précarité économique ou à la paternité, se terminent tragiquement. Pour les experts, seule une éducation à la non-violence couplée à une application stricte de la loi pourra durablement infléchir cette courbe meurtrière.