500 vies en suspens Huit mois. C’est le temps écoulé depuis que des centaines de Camerounais, arrêtés lors des manifestations post-électorales, croupissent dans des geôles sans jugement. Des noms, des visages, des destins oubliés. Maître Fabien Kengne, leur avocat, dénonce un système judiciaire paralysé. Où est la justice quand elle n’est plus qu’un leurre ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 500 détenus répartis entre Yaoundé, Douala et les villes de l’Ouest. Des hommes, des femmes, des jeunes. Certains n’ont jamais comparu devant un tribunal. D’autres attendent, les nerfs à fleur de peau, tandis que les procureurs traînent. Pourquoi tant de lenteur ? La réponse, souvent, se trouve dans les couloirs du pouvoir.
Un système judiciaire à l’arrêt Les arrestations ont eu lieu après les violentes manifestations qui ont suivi la présidentielle du 12 octobre 2025. Des milliers de personnes dans la rue, des gaz lacrymogènes, des coups de feu. Le gouvernement a réagi par la répression. Les rues se sont vidées, mais les prisons se sont remplies.
Pourtant, aucun procès n’a été organisé. Les détenus, souvent accusés de "troubles à l’ordre public" ou "atteinte à la sûreté de l’État", traînent dans des cellules surpeuplées. Des mois sans lumière, sans avocat, sans espoir. Maître Kengne évoque des conditions "dégradantes". Comment un État peut-il se dire démocratique quand il étouffe ses opposants dans le silence ?
Les familles, elles, supplient en vain. Des appels au gouvernement restent sans réponse. Certains détenus ont été transférés d’une prison à l’autre, comme des pions dans un jeu dont on ignore les règles. Qui les protège, eux ?
Des accusations floues, des peines incertaines Les charges retenues contre ces prisonniers sont souvent vagues. Des slogans scandés, un regard trop long, une présence dans une manifestation. Suffisant pour être incarcéré, mais pas pour être jugé. Où est la preuve ? Où est la logique ?
Certains avocats parlent de montages judiciaires. Des dossiers bâclés, des témoignages contradictoires, des délais qui s’éternisent. Pourquoi tant de précipitation dans l’arrestation, tant de lenteur dans la justice ? La réponse, une fois encore, se trouve dans les mécanismes du pouvoir.
Et puis, il y a ceux qui disparaissent. Des disparitions, des "décès en détention", des récits jamais entendus. Maître Kengne évoque des cas où des détenus sont sortis des geôles… pour ne plus jamais réapparaître. Où sont-ils ? Qui les a tués ?
Un appel à la mobilisation Face à cette impunité, les familles et les avocats ne baissent pas les bras. Des pétitions circulent, des manifestations sont organisées. Mais le gouvernement reste sourd. Pourquoi tant d’indifférence ?
La communauté internationale, elle aussi, regarde. Les ONG dénoncent une "dérive autoritaire". Les Nations unies ont déjà exprimé leur inquiétude. Mais les mots ne suffisent pas. Il faut des actes.
Alors, que faire ? Exiger des procès équitables, libérer les détenus politiques, rendre justice aux familles. Ou continuer à regarder, les yeux fermés, tandis que le Cameroun s’enfonce dans l’arbitraire ?
La question qui brûle : jusqu’à quand ? Huit mois. Combien de temps encore ces hommes et ces femmes devront-ils attendre ? Combien de vies brisées pour que le Cameroun reconnaisse enfin ses erreurs ?
La réponse dépendra de nous. Chacun peut agir : signer une pétition, exiger des comptes, ne pas fermer les yeux. La justice n’est pas un luxe. C’est un droit. Et aujourd’hui, au Cameroun, ce droit est en train de mourir dans l’ombre. Qui osera le sauver ?