Les pluies extrêmes constituent une menace sous-estimée pour la filière cacao, impactant directement les revenus de près de six millions d'agriculteurs. Une étude menée par l'Université de Harvard démontre que l'excès d'humidité nuit davantage aux rendements que la hausse des températures ou les pénuries d'eau, en perturbant le cycle biologique des cacaoyers.
Les mécanismes de dégradation des récoltes
Les chercheurs ont identifié trois facteurs critiques par lesquels les fortes averses compromettent la production. D'une part, les précipitations intenses et les vents violents causent des dommages physiques directs aux fleurs et aux jeunes cabosses. D'autre part, l'humidité persistante entrave la pollinisation, un processus vital dépendant d'insectes dont l'activité est freinée par les intempéries. Enfin, ces conditions favorisent la prolifération de maladies fongiques, notamment la pourriture noire des cabosses, dont les spores se propagent rapidement par les éclaboussures d'eau.
L'influence des cycles climatiques comme El Niño
L'étude souligne que les variations climatiques majeures, telles qu'El Niño, modifient drastiquement les régimes de précipitations. Si l'Afrique de l'Ouest et l'Indonésie peuvent connaître des réductions de pluie lors de ces épisodes, les côtes de l'Équateur et l'Afrique de l'Est sont, à l'inverse, exposées à des averses dévastatrices. En Équateur, premier producteur de la région, les pluies intenses survenant entre février et avril impactent directement les récoltes six à huit mois plus tard, illustrant la vulnérabilité temporelle de la culture.
Vers des systèmes d'alerte pour les producteurs
Face à ce constat, la recherche s'oriente vers la mise en place de systèmes d'alerte précoce. L'objectif est de traduire les prévisions météorologiques en conseils opérationnels pour les agriculteurs, comme le calendrier optimal pour la taille sanitaire, l'application de fongicides ou l'aménagement de systèmes de drainage. Si certains experts nuancent l'impact des pluies en soulignant l'importance des techniques de gestion agricole et de la résilience des variétés cultivées, le consensus scientifique converge sur la nécessité d'adapter les pratiques agronomiques aux nouvelles réalités climatiques pour sécuriser les revenus des petits exploitants.