Face à la persistance des malversations économiques, le président burundais Évariste Ndayishimiye a dévoilé un arsenal de mesures répressives, incluant la création d'une liste noire des personnes incriminées et la saisie préventive des biens. Si ces annonces visent à marquer une rupture, la composition du nouveau comité national de lutte contre la corruption soulève des interrogations majeures sur sa capacité à agir en toute indépendance.
Des mesures coercitives inédites
Le chef de l'État a instauré un mécanisme de « liste noire » destinée à exclure durablement les individus accusés de corruption de toute fonction de responsabilité, avec une traçabilité prévue sur vingt ans. Parallèlement, une mesure radicale a été annoncée : la vente des biens des suspects dès leur arrestation, avant même l'issue d'un procès. L'objectif affiché est de dissuader les détournements de fonds publics en supprimant tout confort matériel aux prévenus, tout en lançant une campagne nationale de sensibilisation de trois mois pour impliquer les citoyens dans ce combat.
Le dilemme de l'impartialité institutionnelle
La structure du comité national, qui intègre le président de la République, plusieurs ministres et la procureure générale, est au cœur des critiques. Des acteurs de la société civile, dont l'Olucome et l'Aluchoto, pointent une contradiction fondamentale : comment une instance composée de membres de l'Exécutif peut-elle enquêter objectivement sur des autorités publiques ? Vianney Ndayisaba, coordinateur d'Aluchoto, souligne le risque d'auto-jugement, rappelant que des dossiers sensibles, tels que les marchés publics dans le secteur des engrais ou la construction du barrage de Mpanda, impliquent des responsables étatiques.
Exigence de transparence et cadre légal
Faustin Ndikumana, directeur national de Parcem, insiste sur la nécessité de sanctuariser cette lutte par un cadre juridique rigoureux plutôt que par des décisions émotionnelles. Il appelle à la publication officielle d'un document stratégique et préconise une séparation nette entre les organes d'exécution et ceux chargés de l'évaluation. Pour lui, l'efficacité du dispositif dépend de l'implication d'acteurs indépendants comme la Cour des comptes, les médias et les institutions de recherche, afin d'éviter que le gouvernement ne s'évalue lui-même.
Un scepticisme nourri par le passé
Pour l'économiste André Nikwigize, ces annonces s'inscrivent dans une séquence politique pré-électorale. Il rappelle les tentatives précédentes, notamment la stratégie de 2011 ou l'appel de 2022 à restituer les fonds détournés, qui n'ont pas permis d'endiguer le phénomène. La crédibilité de cette nouvelle initiative dépendra, selon les observateurs, de la volonté réelle de faire appliquer les textes existants et de la capacité du pouvoir à accepter un contrôle extérieur, loin des liens de proximité qui entravent traditionnellement les enquêtes sur les hautes sphères de l'État.