Burundi : Entre pénurie de carburant et système D, le défi du transport urbain à Bujumbura

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 22 lectures
Burundi : Entre pénurie de carburant et système D, le défi du transport urbain à Bujumbura

Le président burundais Évariste Ndayishimiye a appelé, le 14 août 2026, à une meilleure régulation du secteur des transports à Bujumbura, ciblant la multiplication et la surcharge des taxis. Cependant, cette offensive réglementaire se heurte à la réalité d'une pénurie chronique de carburant qui paralyse les bus publics depuis plus de cinq ans. Pour pallier l'absence de transports officiels, les citadins dépendent désormais d'un système D coûteux et informel.

Les faits essentiels

Le 14 août 2026, le président Évariste Ndayishimiye a réuni les cadres du ministère des Ressources minières, de l'Énergie, du Commerce et du Tourisme pour exiger une réorganisation du transport urbain. Le chef de l'État a pointé du doigt la multiplication et la surcharge des petits taxis, estimant que le transport de masse doit de préférence revenir aux grands bus de type Hiace et Qoaster. Pourtant, sur le terrain, la capitale économique fait face à une pénurie aiguë de carburant. Début août 2026, les stations-service de Bujumbura étaient vides, propulsant le prix du litre et demi de carburant à 25 000 francs sur le marché noir, contre un tarif officiel de 4 000 francs. Pour se déplacer, les usagers se tournent vers le covoiturage informel à bord de petits taxis, au tarif de 5 000 francs par trajet, tandis que certains véhicules de service, y compris des forces de l'ordre, s'improvisent transporteurs pour rentabiliser leur carburant.

Pourquoi c'est important

Cette situation met en lumière l'échec des réformes successives de l'État pour sécuriser l'approvisionnement énergétique du pays, plombé par un manque structurel de devises étrangères. En février 2022, l'importation de carburant avait été confiée à la REGIDESO, avant d'être transférée en février 2024 à une nouvelle entité, la Société pétrolière du Burundi (SOPEBU). Cette dernière a toutefois été secouée par le détournement de 19 millions de litres de mazout et 12 millions de litres d'essence par ses propres dirigeants. L'incapacité de l'État à approvisionner le marché officiel favorise l'émergence d'une économie parallèle et pousse les usagers à accepter des risques sécuritaires majeurs, comme voyager dans des coffres de voitures, tout en alimentant des pratiques de corruption sur les routes.

Ce qu'il faut surveiller

Il conviendra de suivre l'impact de la décision du Conseil des ministres du 24 juin 2026, qui a autorisé la SOPEBU à diversifier ses activités dans l'or et les minerais rares, une stratégie contestée par plusieurs économistes alors que la crise énergétique persiste. L'autre point à surveiller concerne l'éventuelle mise en place de mécanismes d'approvisionnement transfrontalier légaux et sécurisés avec la Tanzanie ou la ville d'Uvira en République démocratique du Congo, où les Burundais s'approvisionnent aujourd'hui de manière informelle. Enfin, la résolution de cette crise dépendra de la capacité du gouvernement à surmonter la contrainte macroéconomique des devises pour relancer les importations régulières, condition indispensable pour remettre les bus publics en circulation et réguler naturellement le marché des transports.

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