Le Burkina Faso signale une progression notable de la mobilisation de ses ressources internes, mais le professeur Salifou Ouedraogo alerte sur la fragilité de cette dynamique et sur les conditions nécessaires à une souveraineté financière durable.
Une progression encourageante, mais encore insuffisante
Les dernières données officielles montrent que le pays a accru le volume des recettes provenant de ses propres ressources, un indicateur clé pour réduire la dépendance aux financements extérieurs. Cette évolution, qualifiée d’« encourageante » par le professeur Salifou Ouedraogo, enseignant‑chercheur en sciences économiques et directeur du département de l’UFR/SEG, souligne toutefois que les niveaux atteints restent en deçà des objectifs fixés par le gouvernement.
Analyse du professeur Salifou Ouedraogo
Spécialiste de l’économie monétaire, le professeur Ouedraogo rappelle que la mobilisation des ressources internes ne se limite pas à une hausse ponctuelle des recettes. Elle doit s’inscrire dans une stratégie de long terme, reposant sur une amélioration de l’assiette fiscale, une meilleure efficacité des administrations fiscales et une lutte contre l’évasion. Selon lui, les résultats actuels sont positifs mais ne garantissent pas la stabilité budgétaire nécessaire à la souveraineté financière du pays.
Enjeux de la souveraineté financière pour le Burkina Faso
Atteindre une souveraineté financière implique de pouvoir financer les dépenses publiques sans recourir systématiquement à l’endettement extérieur. Une mobilisation accrue des ressources internes permettrait de financer les priorités nationales – santé, éducation, infrastructures – tout en limitant la vulnérabilité aux chocs externes. Le professeur Ouedraogo insiste sur le fait que la durabilité de cette mobilisation dépendra de la capacité de l’État à renforcer la gouvernance budgétaire et à élargir la base contributive.
Défis à relever pour consolider les acquis
Parmi les obstacles identifiés, la formalisation du secteur informel, la modernisation des systèmes de collecte et la transparence dans l’utilisation des fonds publics sont cruciaux. Le professeur Ouedraogo souligne également l’importance d’une coordination étroite entre les différents ministères afin d’optimiser les recettes et d’éviter les doublons. Sans ces réformes structurelles, la progression actuelle risque de stagner, voire de régresser.
Perspectives et recommandations
Pour transformer cette progression en une base solide de souveraineté financière, le professeur Ouedraogo recommande de poursuivre les réformes fiscales, d’investir dans les capacités techniques des administrations et de renforcer le suivi des dépenses publiques. Il estime que ces mesures, combinées à une volonté politique soutenue, pourraient permettre au Burkina Faso de consolider ses ressources internes et de réduire durablement sa dépendance aux financements externes.