5,3% de croissance en 2025. Malgré un monde en crise, le Burkina Faso défie les pronostics.
La Banque mondiale vient de publier son dernier rapport économique sur le pays, dressant un bilan sans équivoque : l’économie burkinabè résiste. En 2025, elle affiche une croissance de 5,3%, contre 4,8% l’année précédente. Un rebond qui surprend, dans un contexte international marqué par l’instabilité géopolitique, l’inflation et les chocs climatiques. Comment un pays parvient-il à tenir le cap ?
Des piliers solides dans un environnement hostile
Plusieurs facteurs expliquent cette performance. D’abord, l’agriculture a brillamment résisté. Les récoltes, généreuses, ont compensé les aléas climatiques. Ensuite, le secteur minier se redresse, après des années de ralentissement. Enfin, les services connaissent un dynamisme inédit, tirés par une demande intérieure en hausse et une diversification des activités économiques.
Un autre indicateur frappe : l’inflation est devenue négative (-0,5%). Une première depuis des années. La baisse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires a soulagé le pouvoir d’achat des ménages, réduisant ainsi la pauvreté. Un soulagement bienvenu, alors que les tensions sur les prix des hydrocarbures et des engrais, aggravées par la crise au Moyen-Orient, auraient pu tout faire s’effondrer.
Des finances publiques sous contrôle
Sur le plan budgétaire, les autorités burkinabè ont mis en œuvre une consolidation rigoureuse. Le déficit public a fondu, et la dette se stabilise. Un exploit, quand on sait que les pays d’Afrique de l’Ouest peinent souvent à tenir leurs engagements en matière de gestion financière.
Le conseiller technique du ministre de l’Économie et des Finances, Souleymane Nabolé, salue ces résultats. Pour lui, les mesures du gouvernement, portées par le capitaine Ibrahim Traoré, portent leurs fruits. Le pays mobilise désormais plus de 37 milliards de francs CFA en ressources, un record. Mais attention : ces progrès ne doivent pas nous endormir.
Les femmes, un levier de croissance sous-exploité
Si l’économie burkinabè cartonne, un déséquilibre criant persiste : la place des femmes. Pourtant, elles représentent 50% de la main-d’œuvre agricole, mais ne détiennent que 8% des terres. Pire : seulement 17% ont accès aux services financiers. Une exclusion qui freine le développement.
La Banque mondiale ne l’entend pas de cette oreille. Pour Seynabou Sakho, directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest, un pays qui ignore la moitié de sa population économique se prive de sa croissance. Les femmes, quand elles ont les mêmes opportunités que les hommes, créent plus de richesse, innovent davantage et renforcent la résilience des économies.
Alors, pourquoi tant de barrières ? Des stéréotypes ancrés, un accès limité à l’éducation financière, un manque de politiques ciblées… Combien de temps encore le Burkina Faso va-t-il laisser filer ce potentiel ?
Une jeune génération déterminée
Les mots de Nouria Ouédraogo, étudiante en économie, résonnent comme un appel. Elle a suivi le rapport avec attention et en retire une certitude : les femmes passent trop de temps dans les tâches domestiques (cinq heures par jour en moyenne), ce qui limite leur participation économique. Pourtant, leur contribution est indispensable.
Son message est clair : il faut agir. Pas seulement pour l’équité, mais pour booster une croissance plus inclusive. Sans les femmes, le Burkina Faso ne réalisera pas son plein potentiel.
Des défis à relever, des opportunités à saisir
La Banque mondiale reste optimiste pour 2026 : entre 3,6% et 4,9% de croissance prévue, avec une accélération attendue dans les années suivantes. Mais tout dépendra de trois facteurs cruciaux :
- La stabilisation sécuritaire (sans elle, les investissements fuient).
- Des conditions climatiques favorables (la sécheresse reste une épée de Damoclès).
- La poursuite des réformes économiques (sans quoi, les progrès risquent de s’essouffler).
Alors, le Burkina Faso peut-il devenir un modèle de résilience en Afrique ? Tout dépendra de sa capacité à investir dans ses femmes, à consolider ses finances publiques et à anticiper les chocs futurs. Le pays a prouvé qu’il pouvait défier l’adversité. Maintenant, il doit transformer cette résilience en développement durable.
La question n’est plus de savoir si le Burkina Faso peut réussir. Mais comment il va le faire.