Un bilan de fer : 1 942 agréments en cinq ans En cinq ans, l’Agence de promotion de l’expertise nationale (APEN) a validé près de deux mille professionnels. Un record. Pourtant, leur travail reste souvent éclipsé par des compétences étrangères. Comment expliquer ce paradoxe ?
Une institution née d’une urgence L’APEN n’est pas née par hasard. Elle répond à un cri du cœur : le Burkina gaspille ses talents. Avant son lancement en 2021, les experts locaux peinaient à percer les portes des marchés publics, des institutions internationales ou même des projets nationaux. La loi de 2011 avait posé les bases, mais rien ne structurait vraiment le secteur. Résultat ? Une fuite des cerveaux, une sous-représentation dans les appels d’offres, et une dépendance accrue aux consultants étrangers.
Des chiffres qui parlent Depuis 2021, la Commission des agréments n’a pas chômé. Sur 2 116 demandes examinées, 1 942 experts ont obtenu leur sésame. Une réussite ? Oui. Mais suffisant ? Non.
- 152 sociétés (catégorie A) pour les grands cabinets.
- 965 experts indépendants (catégorie B) pour les missions ponctuelles.
- 825 agents publics (catégorie C) pour les compétences institutionnelles.
Les domaines couverts ? Impressionnants : infrastructures, énergie, mines, éducation, santé, numérique… Pourtant, combien de ces experts sont réellement sollicités dans les projets phares du pays ?
Une stratégie de communication ambitieuse L’APEN ne se contente pas de délivrer des agréments. Elle veut faire parler de ses experts. D’où cette rencontre explosive avec les médias, ce mardi 30 juin à Ouagadougou. Objectif ? Créer un pont entre l’institution et les journalistes pour :
- Disséminer l’information sur les opportunités disponibles.
- Démontrer la qualité des compétences locales.
- Inciter les acteurs publics et privés à privilégier le made in Burkina.
« Nous ne voulons plus être perçus comme une agence administrative, mais comme un accélérateur de développement », lance Hièdiala Sylvie Méda/Sontié, secrétaire exécutive. Un discours qui tombe à point nommé dans un pays où l’expertise étrangère coûte cher et souvent inefficace.
Des actions concrètes pour un impact réel L’APEN ne se repose pas sur ses lauriers. Depuis son lancement, elle a :
- Actualisé les domaines d’expertise pour coller aux besoins actuels.
- Cartographié les lacunes des experts burkinabè et proposé des formations ciblées.
- Créé un catalogue des professionnels agréés, distribué aux institutions clés.
- Élaboré une stratégie 2025-2029 pour faire du Burkina un hub régional de l’expertise.
Mais le vrai défi reste la visibilité. « Un expert agréé, mais inconnu, reste invisible », résume Yacouba Korogo, chef de la Coordination des réseaux d’experts. D’où l’importance de ce partenariat avec les médias.
Et demain ? L’APEN mise sur l’innovation L’agence ne compte pas s’arrêter là. À l’horizon 2027, elle prévoit :
- Un renforcement des ressources humaines pour accélérer les agréments.
- Un cadre réglementaire revisité pour simplifier les démarches.
- Des campagnes massives pour éduquer les décideurs sur l’efficacité de l’expertise locale.
- Un réseau médiatique renforcé pour faire de chaque expert une star de son domaine.
Une question cruciale se pose : jusqu’à quand le Burkina va-t-il payer plus cher pour moins bien ? Le pays dépense des millions en consultants étrangers alors que ses propres experts, formés et agréés, attendent leur chance. L’APEN a les outils. Les médias, les clés. Il ne manque plus qu’une chose : la volonté politique de changer les habitudes.
La balle est dans le camp des décideurs. Et vous, seriez-vous prêt à faire confiance à un expert burkinabè plutôt qu’à un étranger ?