La ville de Bunia, chef-lieu de l'Ituri, fait face à une recrudescence préoccupante d'incendies sans disposer d'un système de secours structuré. Avec un seul camion anti-incendie opérationnel pour toute la cité, les autorités peinent à répondre aux sinistres, tandis que l'absence totale de statistiques officielles empêche toute évaluation réelle des risques.
Une réponse aux sinistres fragmentaire
La gestion des incendies à Bunia repose sur des moyens précaires. Bien qu'une formation de sapeurs-pompiers ait été dispensée à dix-huit policiers en 2023 par la mission onusienne, les besoins structurels — casernes, points d'eau dédiés et lignes d'alerte permanentes — restent non satisfaits. En novembre 2024, lors de l'incendie de l'orphelinat La Compassion, le salut des bâtiments voisins n'a été possible que grâce à l'intervention du véhicule de la mission onusienne, soulignant la dépendance persistante de la ville vis-à-vis d'appuis extérieurs. Le bilan humain et matériel des sinistres passés, incluant six morts dans une station-service en 2023, illustre la dangerosité de cette carence.
Le contraste des données urbaines
Contrairement à Bunia, d'autres centres urbains congolais tentent de documenter le phénomène. À Lubumbashi, la brigade anti-incendie ventile ses interventions par commune, comptabilisant 154 cas en 2025. À Beni, bien que dépourvue de matériel de lutte, la coordination urbaine de la protection civile identifie et communique régulièrement sur le nombre de départs de feu. À Bunia, aucune institution, qu'il s'agisse de la mairie ou de la coordination provinciale de la protection civile, ne publie de données consolidées, laissant les incendies dans une invisibilité statistique préoccupante.
Un cadre juridique en attente de financement
Sur le plan national, l'architecture juridique existe pourtant. Le décret de février 2024 a créé la Direction générale de secours et d'incendie (DGSI), censée professionnaliser la lutte contre les sinistres. Toutefois, la loi de finances 2026 ne prévoit aucune ligne budgétaire dédiée à cette structure ou au corps des sapeurs-pompiers. Si des fonds sont alloués à la gestion des catastrophes naturelles au niveau national, ils ne se traduisent pas par un équipement concret pour les entités locales. Dans le cas spécifique de l'Ituri, sous état de siège depuis 2021, l'absence de fonctionnement de l'assemblée provinciale et le manque de visibilité sur les budgets locaux accentuent l'isolement de la ville face aux risques d'incendies.