Depuis 2015, le Burkina Faso affronte une crise sécuritaire d'une gravité sans précédent, contraignant l'État à réorienter massivement ses finances publiques vers la défense. Entre la période pré-crise et aujourd'hui, la part du budget allouée aux forces armées et à la sécurité intérieure a été multipliée par près de cinq.
Une infiltration progressive du terrorisme
Le Burkina Faso, longtemps considéré comme un îlot de stabilité dans la région ouest-africaine, est devenu dès 2015 la proie d'une flambée de violences armées. Terrorisme, criminalité organisée et conflits intercommunautaires se sont conjugués pour dégrader profondément la sécurité intérieure du pays. Le Burkina Faso figure désormais parmi les nations les plus frappées par les attaques jihadistes au monde, avec des centaines d'incidents meurtriers enregistrés chaque année.
Une réallocation budgétaire sans précédent
Pour répondre à cette menace, les autorités burkinabè ont engagé une transformation radicale de leurs priorités de gasto public. La quote-part du budget national consacrée à la défense et à la sécurité est passée de 6,3% à environ 30%, soit une augmentation de près de 30 points de pourcentage en une décennie. Cette orientación marque un effort considérable de mobilisation des ressources étatiques autour de l'appareil militaire.
Le pari des Volontaires pour la Défense de la Patrie
Au-delà du renforcement classique des capacités opérationnelles des forces armées, l'État a développé des dispositifs civilo-militaires, notamment les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). Ces contingents paramilitaires complètent l'action des soldats réguliers dans la lutte contre les groupes armés. Cette stratégie duale illustre la tentative d'adapter la réponse étatique à la nature décentralisée et diffuse de la menace.
Les arbitrages implicites du « tout-sécurité »
Cette concentration financière vers le secteur sécuritaire soulève des interrogations sur les arbitrages budgétaires au détriment d'autres secteurs vitaux. Éducation, santé, infrastructures et développement économique subissent mécaniquement les conséquences de cette réallocation massive des ressources. L'étude analysée souligne l'interdépendance étroite entre sécurité, stabilité politique et développement, suggérant que le cercle vicieux de l'insécurité hypothèque lourdement les perspectives de croissance du pays.