La Commission européenne veut fermer la porte aux exportations de déchets d'aluminium vers les pays hors OCDE, dont l'Inde, principal acheteur de ces ferrailles. Le vice-président exécutif européen chargé de l'industrie, Stéphane Séjourné, doit soumettre le dispositif à consultation publique dans les semaines à venir, en vue d'une adoption avant la fin de l'année.
L'exécutif européen renonce à la voie commerciale initialement envisagée : l'instrument de politique commerciale préparé ces derniers mois n'aurait couvert qu'environ la moitié des flux concernés. Bruxelles bascule donc sur le règlement européen relatif aux transferts de déchets, qui lui permet d'agir unilatéralement sur les sorties de matières hors de l'Union.
Un texte fondé sur le règlement transferts de déchets
Le futur dispositif « interdira les exportations de déchets, y compris les déchets d'aluminium, vers les pays non membres de l'OCDE, à l'exception de certains pays candidats à l'adhésion à l'UE », selon le cabinet du commissaire. Cette base juridique change la donne : elle ne dépend plus d'un accord avec les pays importateurs et peut être activée plus rapidement.
L'Inde, premier débouché menacé
L'Inde, qui n'est pas membre de l'OCDE, concentre l'essentiel de la demande asiatique et deviendrait la principale cible de la mesure. Selon l'organisation professionnelle European Aluminium, les exportations européennes de ferrailles d'aluminium ont atteint 1,2 million de tonnes en 2024, en hausse de 66 % par rapport à dix ans plus tôt. Plus de 80 % de ces volumes partent vers l'Asie — Inde, Chine, Thaïlande — où les prix de rachat sont plus attractifs qu'en Europe.
Une matière stratégique pour la décarbonation industrielle
L'aluminium recyclé présente une empreinte carbone nettement inférieure à celle de l'aluminium primaire, dont la production est très énergivore et fortement émettrice de CO2. Il approvisionne des secteurs variés, de l'emballage (canettes) à l'automobile ou au bâtiment. En privant les industriels européens d'une partie de cette ressource, les exportations actuelles freinent à la fois l'activité et les trajectoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre promises par les entreprises du secteur.
Un signal pour la réindustrialisation du continent
En s'attaquant à la fuite d'une matière secondaire jugée vitale, Bruxelles adresse un message à la filière européenne du recyclage et aux industriels en quête d'intrants bas carbone. Les conséquences concrètes dépendront toutefois du calendrier d'adoption, du périmètre exact des exceptions et de la capacité des filières de valorisation européennes à absorber les volumes redirigés — des points qui devront être précisés lors de la consultation publique à venir.