Face à une Union européenne jugée trop lente et technocratique, l'ancien ministre français de l'Économie Bruno Le Maire propose la création d'une « Fédération d'États nations » regroupant six pays clés. Ce projet vise à renforcer la puissance stratégique du continent dans des secteurs cruciaux comme l'intelligence artificielle, l'industrie et la défense, tout en conservant une articulation avec l'UE à 27.
Un noyau dur de six nations
La proposition repose sur une structure inédite réunissant la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Pologne et les Pays-Bas. Contrairement aux modèles historiques de construction européenne, ce noyau exclurait la Belgique et le Luxembourg. Cette fédération conserverait la souveraineté nationale sur la majorité des dossiers, mais mutualiserait les décisions sur des enjeux stratégiques. Le projet prévoit également la désignation d'une capitale commune, qui serait choisie directement par les citoyens des pays membres, marquant une rupture avec le rôle central actuel de Bruxelles.
Réponse à l'instabilité des alliances internationales
Le diagnostic de Bruno Le Maire pointe une perte d'influence européenne face aux grandes puissances mondiales. L'ancien ministre justifie cette initiative par une méfiance croissante envers les États-Unis, qu'il ne considère plus comme un allié fiable. Il s'appuie sur plusieurs épisodes diplomatiques passés, tels que le retrait américain de Syrie, l'annulation du contrat de sous-marins australiens ou l'imposition de droits de douane, pour souligner l'urgence d'une autonomie politique et industrielle accrue.
Défense, industrie et souveraineté numérique
Le volet opérationnel du projet ambitionne de doter ce bloc d'une armée commune et d'un plan de réarmement massif, incluant drones et missiles longue portée, tout en maintenant la dissuasion nucléaire sous contrôle strictement français. Sur le plan économique, la fédération viserait une harmonisation fiscale, une préférence européenne dans les marchés publics et le développement d'une filière technologique capable de rivaliser avec les géants américains, notamment dans le secteur des semi-conducteurs.
Les enjeux politiques d'une proposition controversée
Si cette vision s'inscrit dans la lignée des réflexions sur un « noyau dur » européen initiées dès 1994, elle suscite déjà des débats. Certains observateurs y voient une manœuvre visant à repositionner Paris comme le centre de gravité politique de l'Europe au détriment de Bruxelles. Par ailleurs, la teneur programmatique de ce texte alimente les spéculations sur les ambitions politiques futures de Bruno Le Maire, bien que ce dernier ne se soit pas déclaré candidat à une élection présidentielle.