À 54 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, Boukaré Sébastien Yougbaré incarne une transition majeure : celle d’un État burkinabè qui passe de l’agriculture numérique à la protection de ses infrastructures critiques. Ingénieur, manager et stratège, il a piloté des projets qui ont transformé les champs en données et les ministères en plateformes sécurisées, posant les bases d’une souveraineté numérique encore fragile.
L’agriculture, premier laboratoire du numérique public
Son parcours commence là où tout se joue pour le Burkina Faso : l’agriculture. Entre 2015 et 2021, Boukaré Yougbaré modernise les systèmes d’information du ministère en charge de l’Agriculture, passant de l’informatisation des bureaux à la digitalisation des processus métiers. Il supervise la certification des semences via GesLabo, la vulgarisation agricole par e-Vulgarisation, et la cartographie des infrastructures rurales grâce au Système d’information géographique du secteur rural (SIG-SR).
Mais c’est avec AgriVoucher qu’il franchit un cap décisif : ce dispositif digitalise la distribution des intrants subventionnés, de l’identification des producteurs à leur paiement électronique. Résultat ? Un mécanisme plus traçable, moins sujet aux détournements, et surtout, adapté aux réalités du terrain. Une preuve que le numérique peut servir l’efficacité publique sans sacrifier l’inclusion.
De l’e-administration à l’État numérique : moderniser les rouages de l’action publique
En 2021, il rejoint l’Agence nationale de promotion des technologies de l’information et de la communication (ANPTIC), où son champ d’action s’élargit. Il contribue à l’opérationnalisation de l’e-Conseil des ministres, du Système intégré de gestion électronique des documents (SIGED) et du Circuit intégré des missions (CIM). Ces outils remplacent progressivement les circuits papier, mais leur succès dépend moins des logiciels que de la formation des agents et de l’accompagnement au changement.
Sous sa direction opérationnelle, le Projet e-Burkina – soutenu par la Banque mondiale – accélère cette mutation. Objectif : digitaliser les services publics, moderniser les processus administratifs et renforcer les infrastructures de données. Une entreprise titanesque, où chaque ligne de code compte pour la résilience future de l’État.
Cybersécurité : bâtir les remparts d’un État désormais vulnérable
En mai 2023, Boukaré Yougbaré prend la tête de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI). La mission est claire : protéger un État de plus en plus dépendant du numérique. Il pilote alors la construction d’un cadre juridique et technique inédit : loi sur la sécurité des systèmes d’information, Centre national des opérations de sécurité (SOC), et infrastructure à clés publiques (PKI) pour renforcer la confiance numérique.
Ces dispositifs ne sont pas que techniques. Ils répondent à une urgence stratégique : sans cybersécurité, la digitalisation devient une faille. Le Burkina Faso se dote ainsi d’un CSIRT pour gérer les incidents, d’un laboratoire d’homologation pour évaluer la sécurité des outils, et d’une diplomatie cyber active aux Nations unies, où il négocie les règles du cyberespace mondial.
Un parcours en trois actes : digitaliser, sécuriser, souverainiser
Son itinéraire reflète l’évolution même du numérique public burkinabè. D’abord, digitaliser les métiers – comme l’agriculture – pour améliorer la productivité et la transparence. Ensuite, moderniser l’administration en remplaçant le papier par des processus fluides et traçables. Enfin, sécuriser cet État numérique, car une souveraineté se mesure aussi à sa capacité à résister aux cybermenaces.
Formé à l’ISIG International, à la Grenoble École de Management et à l’École de Guerre Économique, il incarne cette génération de technocrates qui a compris que le numérique n’est pas une option, mais un levier de puissance. Son héritage ? Une administration plus agile, une agriculture plus connectée, et un Burkina Faso mieux armé pour affronter les défis de l’ère digitale.