Deux enlèvements de masse en l'espace de 45 jours dans l'État de Borno, au Nigeria, soulèvent de graves interrogations sur l'application réelle des protocoles de protection des établissements scolaires. Malgré les visites officielles et les promesses de renforcement sécuritaire, les autorités peinent à démontrer l'effectivité des mesures déployées sur le terrain.
Des engagements officiels sans traduction concrète
Suite à l'enlèvement survenu à Mussa le 15 mai 2026, une délégation gouvernementale de haut niveau s'est rendue dans la zone pour réévaluer la sécurité des écoles. Le commissaire à l'Éducation avait alors ordonné la mise en œuvre immédiate des mesures de l'initiative « Safe Schools ». Pourtant, les témoignages recueillis auprès des autorités éducatives locales et des responsables communautaires indiquent que ces dispositifs n'étaient pas opérationnels dans les zones touchées, notamment à Lassa, où une nouvelle attaque a eu lieu le 29 juin, entraînant la capture de 36 élèves et d'un enseignant.
Un système de protection aux contours flous
Le flou persiste quant à la coordination entre le gouvernement de l'État de Borno et le centre national de coordination de l'initiative « Safe Schools ». Alors que les autorités locales évoquent des mesures de protection, le centre fédéral n'a pas été en mesure de confirmer si les écoles de Mussa et Lassa avaient fait l'objet d'une évaluation formelle ou d'un enregistrement dans le cadre du programme national. Cette absence de clarté laisse les établissements dans une vulnérabilité persistante, aggravée par une insécurité chronique signalée par les parlementaires locaux depuis plus d'un an.
L'impact dévastateur sur le système éducatif
Au-delà des enlèvements, c'est l'ensemble du tissu éducatif de la zone d'Askira-Uba qui se fragilise. Sur 113 écoles primaires, seules 56 sont encore en activité, les autres ayant fermé leurs portes par crainte des violences. Cette situation prive des milliers d'enfants d'accès à l'éducation et plonge les familles dans une détresse profonde. Les parents des élèves toujours en captivité dénoncent un manque criant de soutien matériel et psychologique, ainsi qu'une absence d'informations fiables sur le sort de leurs enfants, malgré les annonces gouvernementales faisant état de preuves de vie.
L'urgence d'une responsabilité opérationnelle
La répétition des attaques, malgré les alertes répétées au niveau législatif, met en lumière une faille majeure dans la chaîne de commandement et d'exécution. La question centrale demeure : qui est responsable de garantir que les mesures de sécurité ordonnées après une évaluation sont effectivement appliquées ? Alors que les familles attendent toujours le retour de leurs proches, le silence des institutions sur les détails de la mise en œuvre des protocoles de sécurité souligne l'urgence d'une réforme de la protection des écoles dans les zones de conflit.