Les exportations de charbon d'Afrique australe ont explosé depuis le blocus du détroit d'Ormuz, atteignant plus de 60 millions de tonnes métriques sur les huit premiers mois de l'année, un niveau jamais vu depuis dix ans. Cette reprise, portée par l'Afrique du Sud, le Mozambique et la Tanzanie, relance le secteur mais alimente le débat sur les engagements de décarbonation du continent.
Un rebond record grâce à la crise énergétique mondiale
Selon Dionisios Tsilioris, analyste chez Ursa Shipbrokers, les exportations combinées de charbon sud-africain et mozambicain ont dépassé les 60 Mt, affichant une croissance annuelle de 11 %. Ce taux dépasse largement la tendance mondiale, qui se situe autour de 3 %, et constitue le niveau le plus élevé enregistré depuis une décennie. Le blocage du détroit d'Ormuz, qui a limité les flux de gaz naturel liquéfié (GNL), a poussé les pays importateurs à se tourner vers le charbon comme source d'énergie de transition.
Facteurs structurels : quotas indonésiens et pénurie de GNL
Ioanna Matsouka, également analyste maritime, explique que la mise en place de quotas d'exportation de charbon par l'Indonésie, premier exportateur mondial, a libéré des parts de marché pour les producteurs sud‑africains et mozambicains. Conjointement, l'absence d'approvisionnements en GNL depuis le détroit d'Ormuz a accentué la demande de charbon, renforçant la dynamique d'exportation de la région.
Investissements miniers et enjeux environnementaux en Tanzanie
En Tanzanie, la dynamique s’est traduite par la construction d’un nouveau terminal charbonnier et par la signature d’un accord de trois milliards de dollars avec la société chinoise Sichuan Hongda pour exploiter de nouveaux gisements. Richard Senkondo, porte‑parole du consortium No New Coal, dénonce que ces projets contrecarrent les objectifs de décarbonation annoncés par le gouvernement tanzanien, alors même que le continent se prépare à affronter les effets du phénomène El Niño.
Conséquences pour les politiques publiques et le secteur énergétique
Le rebond du charbon offre aux pays d'Afrique australe des recettes record, mais il pose également la question de la durabilité à moyen terme. Les décideurs devront concilier les besoins immédiats de sécurité énergétique avec les engagements internationaux de réduction des émissions, tout en surveillant l’évolution des prix du pétrole et du gaz qui pourraient à nouveau modifier la compétitivité du charbon.