Le président camerounais, absent depuis deux mois en Europe, procède à un remaniement majeur de la hiérarchie militaire, alors que les spéculations sur sa santé et sa capacité à gouverner s’amplifient. Quatre des cinq régions militaires conjointes voient leurs commandants remplacés, tandis que des promotions accélèrent les carrières de hauts gradés. Une manœuvre stratégique ou un signe de fragilité institutionnelle ?
Un remaniement militaire en pleine incertitude politique
Le chef de l’État, en déplacement prolongé depuis le 7 juin, a signé trois décrets présidentiels lundi pour réorganiser les hautes sphères de l’armée. Parmi les changements notables : la nomination d’un nouveau commandant de la Brigade d’Intervention Rapide, la promotion du Major Général Ebaka Hippolyte au grade de général de l’état-major des forces armées, ainsi que plusieurs colonels élevés au rang de général de brigade. Quatre des cinq régions militaires conjointes du pays voient également leurs commandants remplacés, signe d’une restructuration d’ampleur.
Ces décisions interviennent alors que le gouvernement, par la voix de son porte-parole, a tenté de rassurer sur l’état de santé du président en affirmant qu’il « est vivant » et qu’il « rentrera bientôt ». Pourtant, l’absence prolongée de Biya, 93 ans, au pouvoir depuis 1982, alimente les interrogations sur sa capacité à assurer pleinement ses fonctions. Ce séjour en Europe, l’un des plus longs de sa présidence, dépasse désormais la durée habituelle de ses déplacements à l’étranger.
Crise de leadership et réactions du régime
La situation a poussé le parti au pouvoir à convoquer une réunion exceptionnelle de ses cadres dirigeants le mois dernier, une initiative rare qui reflète l’inquiétude croissante au sein de l’appareil politique. Le Cameroun, pays producteur de pétrole et de cacao, traverse une période de tensions internes, aggravées par l’absence prolongée de son dirigeant historique. Les spéculations sur son état de santé et ses capacités cognitives se multiplient, d’autant que les institutions peinent à masquer les signes de vacance du pouvoir.
Les remaniements militaires pourraient aussi s’interpréter comme une tentative de consolidation du contrôle sécuritaire, dans un contexte où les défis internes – notamment les tensions sociopolitiques et les menaces terroristes – persistent. Cependant, l’opacité entourant la santé de Biya et la gestion de son absence risquent d’alimenter davantage les doutes sur la stabilité du régime à moyen terme.