L'ancien sénateur Ben Murray-Bruce a adressé une proposition formelle au président Bola Tinubu, plaidant pour une refonte structurelle du secteur électrique nigérian. Il préconise de réduire la dépendance au réseau national au profit de solutions énergétiques décentralisées et communautaires pour pallier les carences chroniques du système actuel.
Un déséquilibre structurel entre capacité et production
Les données de la Commission nigériane de régulation de l'électricité (NERC) soulignent l'ampleur du défi. Si le pays affiche une capacité installée de 13 625 mégawatts, la puissance réellement disponible pour la distribution est nettement inférieure, plafonnant souvent autour de 4 286 mégawatts. Cette fragilité a été illustrée par une chute brutale de la production, tombant à 1 132 mégawatts en une seule journée en août dernier, démontrant que l'augmentation de la capacité de production ne suffit pas à garantir la stabilité du service.
Le bilan mitigé de la privatisation de 2013
Pour Ben Murray-Bruce, les difficultés actuelles trouvent leur origine dans une privatisation opérée en 2013, qu'il juge inefficace. Selon lui, cette réforme a davantage consisté en un transfert de gestion qu'en une véritable montée en compétence technique et financière des nouveaux acteurs. À cela s'ajoute un déficit majeur en matière de comptage : des millions de clients sont toujours soumis à une facturation estimée, une pratique qui, selon l'ancien sénateur, empêche les consommateurs de maîtriser leurs dépenses et fragilise la confiance envers le marché de l'électricité.
Vers une autonomie énergétique locale
La stratégie proposée repose sur une décentralisation accrue, où les communautés, les domaines résidentiels et les villages pourraient développer leurs propres solutions, notamment via l'énergie solaire. Cette approche permettrait de soulager la pression sur le réseau national tout en ouvrant de nouvelles opportunités d'investissement privé. L'exemple d'Aba est cité comme un modèle probant de génération et de distribution localisées venant compléter le système national.
Le rôle accru des États et de la régulation
L'ancien sénateur encourage les gouvernements des États à s'approprier les opportunités offertes par la loi sur l'électricité de 2023. Il suggère que les autorités locales prennent en charge l'alimentation des infrastructures publiques — écoles, centres de santé et éclairage urbain — afin de permettre au gouvernement fédéral de se concentrer sur les infrastructures nationales. Cette coordination entre réformes fédérales, investissements privés et participation citoyenne est présentée comme la voie nécessaire pour améliorer la fiabilité de l'approvisionnement électrique au Nigeria.