Figure controversée de l'économie iranienne, Babak Zanjani a retrouvé la liberté fin 2024 après onze années d'incarcération et une condamnation à mort pour détournement de fonds. Washington accuse désormais ce magnat des affaires d'avoir repris ses activités de contournement des sanctions internationales au profit du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Un système financier occulte basé sur les actifs numériques
Les autorités américaines pointent du doigt le rôle central de Babak Zanjani dans la mise en place d'infrastructures financières parallèles. Selon le Trésor américain, l'homme d'affaires utilise un réseau complexe de sociétés et de plateformes d'échange de cryptomonnaies, dont BitBank, pour blanchir des fonds destinés au régime. Ce dispositif aurait permis de transférer plusieurs centaines de millions de dollars en bitcoins depuis juin, facilitant notamment le financement de projets d'infrastructures et de transport sous l'égide du conglomérat DotOne, dirigé par Zanjani.
Le détroit d'Ormuz au cœur des enjeux stratégiques
L'influence de Zanjani s'étendrait jusqu'au contrôle du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Washington soupçonne ses sociétés, dont la structure « Hormuz Safe Marine Services Authority », de prélever des « frais de passage » illégaux auprès des navires marchands. Ces paiements, présentés officiellement comme des assurances, seraient convertis en cryptomonnaies pour échapper aux systèmes bancaires traditionnels et alimenter directement les caisses du régime iranien, accentuant les tensions sur les routes énergétiques mondiales.
Une trajectoire entre disgrâce et utilité politique
Le parcours de Babak Zanjani illustre les liens étroits entre les élites économiques et l'appareil sécuritaire iranien. Ancien vendeur de peaux de moutons devenu milliardaire en facilitant l'exportation de pétrole sous embargo, il avait été arrêté en 2013 dans le cadre d'une opération « mains propres » menée sous la présidence d'Hassan Rohani. Condamné à mort pour avoir détourné 2,5 milliards d'euros, il a vu sa peine commuée après le remboursement de ses dettes. Son retour sur le devant de la scène économique, marqué par des investissements massifs dans le ferroviaire et les nouvelles technologies, confirme son statut de « soldat économique » indispensable aux yeux de Téhéran pour maintenir la résilience du pays face aux pressions extérieures.
Des sanctions internationales en cascade
En réponse à ces activités, les États-Unis ont multiplié les mesures restrictives contre une dizaine d'entités liées au magnat, incluant des sociétés enregistrées au Royaume-Uni. Des analyses de la blockchain, notamment par la société TRM Labs, ont mis en lumière des flux financiers massifs transitant par des plateformes d'échange, dont une partie significative serait directement liée aux Gardiens de la Révolution. Si Babak Zanjani rejette catégoriquement ces accusations, les qualifiant d'inventions politiques, le renforcement des sanctions américaines souligne l'importance stratégique de ce réseau dans la stratégie de survie économique de l'Iran.