Un jeune Marocain défie les dérives des réseaux sociaux en restaurant l’authenticité des plats ancestraux, menacés par des interprétations «prestige» déconnectées du terroir.
La cuisine marocaine, victime de son succès numérique
Les réseaux sociaux ont transformé les plats traditionnels marocains – couscous, rfissa, seffa ou pastilla – en objets de consommation visuelle, souvent dénaturés par l’ajout de produits ultra-transformés. Sous couvert de modernité, ces préparations hybrides, aux couleurs attrayantes mais aux saveurs confuses, trahissent l’équilibre subtil des recettes ancestrales. Ayoub Nouaim, natif de Settat, dénonce cette tendance en réhabilitant, à travers des capsules accessibles, la sobriété et le raffinement des mets marocains, hérités de générations de cuisinières familiales.
Transmettre l’héritage comme une madeleine de Proust
Ayoub Nouaim puise son inspiration dans les gestes de sa grand-mère, Lalla Zahra, qui lui a appris à cuisiner avec sacralité et pédagogie. Ses vidéos mêlent références scientifiques et ton décalé pour sensibiliser à la qualité des produits et à l’harmonie des saveurs. Son objectif ? Permettre aux internautes de distinguer les combinaisons culinaires pertinentes des dérives «instagrammables», tout en rappelant que la richesse de la cuisine marocaine réside dans son oralité et ses procédés communément admis, mais rarement codifiés. «Nous sommes issus d’une culture où le savoir se transmet par l’exemple», souligne-t-il.
Défendre l’équilibre contre la confusion sensorielle
Pour Ayoub Nouaim, un plat réussi repose sur deux piliers : la qualité des ingrédients et leur complémentarité. Les recettes dites «de prestige», qui superposent des saveurs sans logique, créent une confusion sensorielle qu’il combat. Il cite l’exemple des douceurs traditionnelles comme les cornes de gazelle ou les ghriba, souvent noyées sous des nappages sucrés au détriment de leur subtilité. Son approche ne rejette pas la modernité, mais exige qu’elle s’appuie sur des bases solides : «La modernité ne doit pas rimer avec déséquilibre.»
Un patrimoine méditerranéen à préserver ensemble
Encouragé par des chefs professionnels, Ayoub Nouaim élargit ses contenus pour explorer les liens culturels entre le Maroc et ses voisins méditerranéens. Il met en lumière des similitudes, comme celles entre les douaz atay marocains et les biscuits siciliens, tout en insistant sur l’importance de ne pas réduire ces plats à de simples comparaisons. Son ambition ? Montrer que chaque territoire s’approprie ces héritages pour créer des variantes locales, ancrées dans la tradition. «La richesse de notre savoir-faire est là, dans l’équilibre entre les saveurs», conclut-il.