L'audition d'Abdou Karim Fofana devant la commission d'enquête parlementaire sur le patrimoine bâti de l'État a mis en lumière une stratégie de défense rigoureuse. Face aux députés de la majorité Pastef, l'ancien ministre de l'Urbanisme a su transformer un exercice de reddition des comptes en une démonstration technique, soulignant les lacunes de préparation de ses interlocuteurs.
Le basculement vers le terrain juridique
Dès l'ouverture des échanges, Abdou Karim Fofana a imposé une lecture juridique stricte des dossiers, notamment concernant les baux de la cité Fayçal. En distinguant les baux d'habitation classiques des baux emphytéotiques à valorisation, régis par un décret de 2018, il a contesté la pertinence des accusations portées par les parlementaires. Cette approche a permis à l'ancien ministre de recadrer les questions posées, forçant les membres de la commission à justifier leurs propres interprétations des textes en vigueur.
La remise en perspective historique des dossiers
Sur le projet Dak Tower, Fofana a refusé de limiter son analyse à la convention signée avec la société ACCI. En reconstituant la chronologie du site depuis 2005, il a rappelé les investissements déjà engagés et les blocages administratifs hérités des mandats précédents. Cette mise en contexte a déplacé l'enjeu : la convention n'est plus présentée comme une faveur, mais comme une solution de sortie de crise visant à protéger l'État d'un contentieux coûteux, tout en garantissant la continuité de l'action publique.
Le bras de fer sur la méthode
La prestation de l'ancien ministre s'est distinguée par une gestion offensive de la pression. En contestant la répétition des questions et la formulation des relances, Fofana a inversé les rôles, plaçant le président de la commission, Momar Talla Ndao, en position de difficulté. Ce bras de fer a souvent détourné les débats du fond des dossiers pour se concentrer sur la forme, révélant une certaine impréparation des députés, qui n'ont pas toujours été en mesure d'opposer des preuves documentaires contradictoires aux affirmations de l'ancien responsable.
Les limites de la stratégie de défense
Si la maîtrise oratoire et technique d'Abdou Karim Fofana lui a permis de dominer l'audience, cette performance ne clôt pas pour autant le dossier. La conformité réelle des baux, la justesse des contreparties obtenues par l'État et l'évaluation des terrains cédés restent des points d'interrogation majeurs. La commission d'enquête dispose encore des pièces contractuelles et des actes administratifs pour mener une vérification approfondie. L'enjeu pour les députés de Pastef sera désormais de transformer cette phase d'audition en une analyse factuelle rigoureuse pour confirmer ou infirmer les arguments avancés par l'ancien ministre.