Au Tchad, l'entrepreneuriat s'est imposé comme une réponse pragmatique à la rareté des emplois formels, poussant une jeunesse dynamique à lancer une multitude d'activités. Toutefois, ce foisonnement entrepreneurial se heurte à un plafond de verre : si la création est devenue accessible, la transition vers des entreprises structurées, capables de générer des emplois et de conquérir des marchés, reste une épreuve complexe.
Le paradoxe de la formalisation et de la fiscalité
La transition de l'informel vers le formel constitue un frein majeur pour les jeunes entrepreneurs tchadiens. Si le maintien dans l'informel offre une survie immédiate en évitant les charges fiscales, il condamne l'entreprise à une stagnation durable. En effet, sans structure légale, l'accès aux crédits bancaires, aux grands marchés publics ou aux investisseurs extérieurs devient impossible. L'enjeu réside dans la mise en place d'une fiscalité progressive, qui ne pénalise pas les structures émergentes mais les accompagne dans leur montée en puissance.
Le verrou du financement et des garanties
Le système bancaire traditionnel exige des garanties — biens immobiliers ou historique financier — que les jeunes créateurs, souvent dépourvus de patrimoine, ne peuvent fournir. Ce cercle vicieux contraint les entrepreneurs à se reposer sur des ressources familiales ou des tontines, des solutions de court terme insuffisantes pour financer un véritable changement d'échelle. Pour débloquer cette situation, le recours à des fonds de garantie publics apparaît comme une nécessité pour inciter les banques à prendre des risques calculés sur les PME à fort potentiel.
Au-delà de la création : l'impératif d'un accompagnement durable
Les programmes d'appui actuels, portés notamment par l'Office national pour la promotion de l'emploi (ONAPE), se concentrent trop souvent sur la phase initiale de création. Or, la survie d'une entreprise sur le long terme exige des compétences transversales en gestion financière, marketing et stratégie commerciale. Un mentorat structuré, couplé à un suivi opérationnel sur plusieurs années, permettrait de transformer des initiatives individuelles en structures pérennes.
Vers une stratégie de croissance nationale
Pour que le tissu entrepreneurial tchadien devienne un moteur de transformation économique, il est crucial de dépasser le stade de la simple incitation à la création. L'ouverture vers les marchés régionaux, notamment via la ZLECAf, représente une opportunité de croissance, à condition que les PME soient préparées aux normes compétitives. La mise en place d'un programme national d'accélération, incluant des commandes publiques réservées aux PME locales et un allègement fiscal temporaire, permettrait de passer d'une économie de survie à une économie de production capable de créer massivement des emplois.